SCANDALES IMPUNIS
réduisaient les membres du clergé à vivre comme des paysans, exposés au mépris de leurs paroissiens; en revanche, les moines et les religieuses qui pouvaient donner de l'argent à l'archevêque étaient autorisés à quitter leur couvent et à se marier. Enfin, en 4211, un nouvel effort fut tenté contre cet homme. Après plus d'une année, on obtint une sentence qui le soumettait à la pur galion canonique, c'est-à-dire qu'il devait trouver deux évêques et trois abbés pour le disculper sous la foi du serment. Des négociations touchant le caractère du serment commencèrent aussitôt et durèrent jusqu'en 1214. Enfin les citoyens, à bout de patience, se soulevèrent et chassèrent l'archevêque, qui se retira dans l'abbaye de Bellevaux, où il mourut en 1225.
Maheu de Lorraine, évêque de Toul, était un prélat de la même espèce. Consacré en 1200, il se montra si rapace que, deux ans après, son chapitre demanda au pape Innocent de le déposer, alléguant que Maheu avait déjà réduit de mille livres à trente les revenus du siège épiscopal. Mais il fallut attendre jusqu'en 1210 l'éloignement de l'évêque, qui fut précédé d'une série d'enquêtes et d'appels, entremêlés d'actes de violence. Il était complètement adonné à la débauche et aux plaisirs de la chasse ; sa concubine favorite était sa propre fille, née d'une religieuse d'Épinal. Malgré ses crimes, il conserva un bénéfice de gros rapport, en qualité de grand-prévôt de St-Dié. En 1217 il fit assassiner son successeur Renaud de Senlis ; bientôt après, son oncle Thiébault, duc 4e Lorraine, le rencontra par hasard et le tua sur place. Apparemment, la justice ordinaire était impuissante contre un pareil homme.
15 Le cas de l'évêque de Vence n'est pas sans analogies avec le précédent. Le pape Gélestin III l'avait suspendu et appelé à Rome pour répondre de ses crimes ; mais l'évêque n'en tint aucun compte et continua à exercer ses fonctions. Quand Innocent devint pape, en 1198, il excommunia l'évêque de Vence*, mais cette mesure elle-même resta sans effet. Enfin, en 1204, Innocent ordonna péremptoirement à l'archevêque d'Embrun de procéder à une enquête et de déposer l'évêque récalcitrant