ORIGINES DE LA TORTURE
accusés à composition. En 4306, après une enquête officielle, le pape Clément V déclara que les captifs étaient ordinairement contraints à faire des aveux par les souffrances qu'ils enduraient en prison, le manque de lits, le défaut de nourriture et la torture. (1)
Avec tant de moyens de coercition à leur portée, on pouvait «'étonner que les inquisiteurs aient cru devoir recourir aux appareils plus vulgaires et plus grossiers de la chambre de torture. L'usage du chevalet et de l'estrapade heurtait d'ailleurs si brutalement non seulement le principe du Christianisme, mais les traditions de l'Eglise, que l'adoption de ces moyens par l'Inquisition, pour propager et rétablir la foi, constitue une des plus tristes anomalies de cette lugubre époque. J'ai montré ailleurs avec quelle constance l'Église s'était opposée à la torture ; en pleine barbarie du XIIe siècle, Gratien déclare, comme une règle acceptée du droit canonique, qu'aucun aveu ne doit être extorqué par des tourments. En outre, si l'on en excepte les Visigoths, les barbares qui fondèrent les États de l'Europe moderne ignorèrent la torture et leurs systèmes de législation s'étaient développés à l'abri de cette monstrueuse coutume. C'est seulement lorsque l'étude des lois romaines redevint en honneur, lorsque le concile de Latran en 1245 eut prohibé les ordalies, que les légistes commencèrent à sentir le besoin de recourir à la torture comme à un moyen expéditif d'information. Les plus anciens exemples que j'aie rencontrés se trouvent dans le Code Véronais de 4228 et les Constitutions Siciliennes de Frédéric en 4234 ; mais, dans l'un et l'autre de ces cas, on voit que la torture était employée avec réserve et non sans hésisitation. Frédéric lui-même, dans ses féroces édits de 4220 à 4239, n'y fait pas allusion ; d'accord avec le décret de Vérone de Lucius III, il prescrit le mode usuel de purgation canonique pour les individus suspects d'hérésie. Mais l'idée de la torture fit un chemin rapide en Italie. Quand Innocent IV, en 4252, publia sa bulle
(ii Arch. de l'Inq. de Carcass. (Doat, XXXI, 57.) — Vaissete, m. Pr. 551-3. — Tract, de Pau;>. de Lugd. 'Marîène. Ths. V. 1787.)-- Joan. Andreœ Gloss. sup. c. I, Clément, v. 3. — "Bernarl. Guidon. Practica, P. V (Doat, XXX.)— Arch. de l'Inq. de Carcass. (Doit, XXXIV. 45.)