INTERVENTION DES PAPES
si les accusations portées contre lui se confirmaient. Entre temps, le diocèse avait été réduit à un état pitoyable; les églises tombaient en ruines et le service divin n'était plus célébré que dans quelques paroisses.
A Narbonne, quartier général de l'hérésie, l'archevêque Bérenger II, fils naturel de Raymond Bérenger, comte de Barcelone, n'occupait pas son siège ; il préférait vivre en Aragon, où il possédait une riche abbaye et l'évêché de Lerida; jamais il ne visitait sa province. Bien qu'il en tirât de gros revenus, tant par les voies régulières que par la vente d'évêchés et de bénéfices, il ne l'avait pas encore vue en 1204, alors qu'il avait été consacré en 1190. Les titulaires des dignités qu'il vendait étaient souvent des hommes des mœurs les plus dissolues. La condition de la province était effroyable, tant à cause de la mauvaise conduite du clergé que de la hardiesse des hérétiques et la violence des partis. Dès 1200, Innocent III somma Bérenger de venir lui rendre des comptes. En 1204, nouvelle tentative, renouvelée encore les années suivantes, mais sans succès, car l'archevêque ne cessait de gagner du temps en appelant du légat au pape. Enfin, en 1210, Innocent ordonne de nouveau à son légat de procéder à des enquêtes sur les archevêques de Narbonne et d'Auch et d'exécuter sans appel les mesures prescrites par les canons. Il fallut cependant attendre jusqu'en 1217 avant que Bérenger ne fût dépossédé de son siège. 11 est probable qu'il se serait tiré d'affaire sans dommage si le légat luimême, Arnaud de Citeaux, n'avait pas eu envie de sa succession, qu'il obtint en effet. Nous pouvons croire sans hésitation un écrivain du xme siècle lorsqu'il nous dit que la procédure conduisant à la déposition d'un prélat était si longue et si difficile que les plus coupables eux-mêmes se croyaient à l'abri du châtiment (1).
Alors même que l'énormité des crimes ne comportait pas 16
(1) Innocent. PP. III, Regest.i, 277; xiv, 125; xvi, 63, 158. — n, 34; vu, 84. — m, 24; vu, 75, 76; vin, 106; ix, 66; x, 68; xm, 88; xv, 93. Voir aussi xi, 236; vi, 216; x, 182, 194; xt, 142; xn, 24, 25; xv, 186, 235; xvi, 12. — Gollut, Républi'jUe Séquanoise (éd. Duvernoy, Arbois, 1846, p. 80). — La Porte du Theil {Notices des