VIOLATION DE LA CONFESSION
l'affranchir de ce devoir. S'il y mettait de la mauvaise volonté ou de l'hésitation, il y avait tout auprès du tribunal la chambre de torture, dont les instruments de persuasion étaient employés non moins libéralement contre les témoins que contre les accusés. C'est grâce à leur intervention qu'on parvenait à lever tous les doutes au sujet de la sincérité des témoignages; si ce terrible abus resta longtemps en vigueur dans h droit criminel de toute l'Europe, c'est à l'exemple donné par l'Inquisition qu'il est juste de l'attribuer. Même le secret du confessionnal n'était pas- respecté dans les efforts fanatiques des inquisiteurs pour obtenir toutes les informations possibles contre les hérétiques. Les prêtres avaient ordre d'exiger que leurs pénitents leur révélassent tout ce qu'ils savaient au sujet d'hérétiques et de fauteurs de l'hérésie. Le secret de la confession ne pouvait pas être ouvertement violé, mais on arrivait indirectement au même résultat. Quand un confesseur apprenait quelque chose touchant l'hérésie, il devait en prendre note et s'efforcer de persuader à son pénitent de le révéler aux autorités compétentes. S'il n'y réussissait pas, il devait, sans prononcer de noms, consulter des hommes « expérimentés et craignant Dieu » pour savoir quel parti il lui fallait prendre. On devine où aboutissaient ces pieuses consultations, puisque le seul fait de demander conseil en pareille occurence montre que l'obligation même du secret n'était pas réputée absolue (1).
L'hérésie était naturellement un cas « réservé » pour lequel le confesseur ordinaire ne pouvait donner l'absolution. Ainsi un homme de Real mont en Albigeois, qui se repentait d'avoir assisté à un conventicule de Cathares, alla trouver un Franciscain et se confessa à lui, acceptant la pénitence ordinaire consistant en petits pèlerinages et en quelques autres actes de contrition (2). Mais, à son retour, il fut saisi par l'Inquisition, jugé
(i) Guid. Fulcod. Quœst. vin. — Pegnœ Comment, in Eymevic. p. 601. — Zauchini Tract, de JHœretic. c. xin. — Doctrina de modo procedendi (Martène, JAesaur. V. 1802.)
(2) Vaissete, IV. H,