‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 436 sur 551 · DISSIMULATION DU NOM DES TÉMOINS · texte numérisé non relu

DISSIMULATION DU NOM DES TÉMOINS

et jeté en prison; la pénitence qu'il avait subie était considérée comme nulle et non avenue.

Après avoir ainsi jeté un coup d'œil sur les procédés de l'Inquisition en matière de témoignage, nous en croyons volontiers les légistes d'après lesquels une condamnation pour hérésie s'obtenait plus facilement que pour tout autre crime. On enseignait aux inquisiteurs qu'un faible témoignage suffisait à la prouver — « probatur quis hœreticus ex levi causa » ; mais quelque abominable qu'ait été ce système, il y avait pis encore. L'infamie suprême de l'Inquisition consistait à refuser aux accusés toute connaissance des noms des témoins qui déposaient contre eux.

Dans les tribunaux ordinaires, même lorsque la procédure était inquisitoriale, les noms des témoins étaient communiqués à l'accusé avec leurs témoignages. On se souvient que lorsque le légat Romano conduisit une enquête à Toulouse en 1229, les accusés le poursuivirent jusqu'à Montpellier en le suppliant de leur 438 faire connaître les noms de ceux qui avaient témoigné contre eux. Le cardinal reconnut leur droil. mais se tira d'affaire en leur montrant seulement la longue liste de tous les témoins qui avaient comparu pendant l'enquête, alléguant comme excuse le danger auquel ces témoins étaient exposés de la part de ceux qu'ils avaient chargés. Il est vrai que ce danger était réel, les inquisiteurs et les chroniqueurs rapportant quelques cas d'assassinat attribués à cette cause ; il y en avait eu six à Toulouse entre 4301 et 1310. C'est le contraire qui eût été surprenant et peut-être la crainte de ces sauvages représailles aurait-elle pu servir utilement à réfréner la rage des délations malveillantes. Mais le fait qu'une excuse aussi futile était alléguée systématiquement montre seulement que l'Église avouait ses dénis de justice et en avait honte, puisqu'aucunc précaution semblable n'était jugée nécessaire dans les autres affaires criminelles. Dès 1244 et 1246, les conciles de Narbonne et de Béziers défendent aux inquisiteurs de désigner les témoins d'une manière quelconque, alléguant comme motif le « désir

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