‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 437 sur 551 · CRAINTES POUR LA VIE DES TÉMOINS · texte numérisé non relu

CRAINTES POUR LA VIE DES TÉMOINS

prudent » du Saint-Siège. Quand Innocent IV et ses successeurs réglèrent la procédure inquisitoriale, la défense de publier les noms des témoins, par crainte de les exposer à des sévices, fut tantôt exprimée et tantôt omise. Lorsqu'enfîn Boni face VIII incorpora dans le droit canonique la règle de taire les noms, il exhorta expressément les évêques et les inquisiteurs à agir à cet égard avec des intentions pures, à ne point taire les noms quand il n'y avait pas de péril à les communiquer et à les révéler si le péril venait à disparaître. En 4299, les Juifs de Rome se plaignirent à Boniface que les inquisiteurs leur dissimulaient les noms des accusateurs et des témoins. Le pape répliqua que les Juifs, bien que fort riches, étaient sans défense et ne devaient pas être exposés à l'oppression et à l'injustice résultant des procédés dont ils se plaignaient. Sans doute, il leur en coûta une forte somme, mais, en fin de compte, ils obtinrent ce qu'ils demandaient. Partout ailleurs, c'était un fait reconnu que les inquisiteurs ne tenaient nul compte des exhortations de Boniface, comme les conciles de Narbonne et de Béziors avaient dédaigné les instructions similaires du cardinal d'Albano. Bien que, dans les manuels à l'usage des inquisiteurs, la réserve dite du péril soit généralement mentionnée, les instructions touchant la conduite des procès admettent toujours, comme une chose évidente, que le prisonnier ignore les noms des témoins à charge. Dès l'époque de Gui Foucoix, ce légiste considère la dissimulation du nom des témoins comme une pratique générale; un manuel manuscrit presque contemporain de Gui signale cet usage comme une règle ; plus tard, 439 Eymerich et Bernardo di Como nous disent l'un et l'autre que les cas où il n'y a pas péril pour les témoins sont rares, que le péril est grand lorsque l'accusé est puissant et riche, mais plus grand encore quand il est pauvre et que ses amis n'ont rien à perdre. Évidemment, Eymerich juge plus convenable de refuser nettement les noms que d'adopter l'expédient de quelques inquisiteurs trop consciencieux auxquels le cardinal Romano servit de modèle. Cet expédient consistait à présenter les noms des témoins inscrits sur une feuille spéciale,

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