‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 439 sur 551 · PRIME A LA CALOMNIE · texte numérisé non relu

PRIME A LA CALOMNIE

teur pouvait, s'il le jugeait convenable, refuser de communiquer à l'accusé une copie des témoignages. Affranchi de toute surveillance et, dans la pratique, de tout danger d'appel, l'inquisiteur suspendait ou abrogeait à son gré toutes les lois tutélaires de la défense, lorsque les exigences de la religion en péril paraissaient le commander (1).

Parmi les nombreux maux résultant de cette dissimulation, qui déchargeait témoins et accusateurs de toute responsabilité, le moindre n'était pas le stimulant ainsi ajouté à la délation et la tentation offerte aux âmes viles de satisfaire leurs rancunes. Môme sans désir particulier de nuire à autrui, un malheureux, dont la volonté avait été brisée par les souffrances et la torture, pouvait, au moment de sa confession tardive, ajouter de l'intérêt à son histoire en y faisant entrer les noms de toutes les personnes qu'il connaissait, en déclarant qu'elles avaient assisté à des conventicules et à des hérétications . Il n'est pas douteux que la tâche de l'Inquisition n'ait été grandement accrue par la protection qu'elle accordait ainsi aux délateurs et aux calomniateurs ; elle devint par là l'instrument et l'auxiliaire d'un nombre immense de faux témoins. Les inquisiteurs sentaient bien ce danger et prenaient souvent des précautions en conséquence, avertissant un témoin des peines attachées au parjure, l'obligeant à déclarer qu'il s'y soumettait à l'avance, l'interrogeant d'une façon pressante pour savoir s'il avait été suborné. De temps en temps, nous trouvons un juge consciencieux, comme Bernard Gui, qui examine avec soin les témoignages, les compare et y démêle des contradictions qui prouvent que l'un d'eux au moins est mensonger. Il fit cela, à notre connaisance, deux fois, en 1312 et en 1316; le premier de ces cas offre un intérêt particulier.

Un certain Pons Arnaud se présenta spontanément et accusa son fils Pierre d'avoir essayé de le faire hérétiquer alors qu'il était atteint d'une maladie qui paraissait mortelle. Le fils nia. Bernard s'assura que Pons n'avait pas été malade à la date

(I) Re-ponsa Pnulentum (D mt. XXXVU.) — Bernardi Coraens. Lucerna Inquis. s. v. Trad'rt. — Zanc'iini >r>ct. de Hœret. c. ix.

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