FAUX TÉMOINS
Quand on démasquait un faux témoin, on le traitait avec autant de sévérité qu'un hérétique. Quatre pièces de drap rouge, découpées en forme de langues, étaient fixées, deux sur sa poitrine, deux sur son dos, et il était condamné à porter, sa vie durant, ces marques d'infamie; le dimanche, pendant le service divin, on l'exhibait au peuple sur un tréteau devant la 442 porte de l'église, et il était généralement jeté en prison pour le reste de sa vie. En 1322, un nommé Guillem Maurs fut condamné pour avoir falsifié, à l'aide de complices, des lettres de l'Inquisition, qui permettaient de lancer des citations pour crime d'hérésie et d'extorquer de l'argent à ceux qu'on menaçait. Maurs dut porter sur la poitrine et sur le dos non plus des langues, mais des lettres rouges. D'ailleurs, la rigueur du châtiment n'étart pas uniforme. Les faux témoins condamnés à Pamiers en 4323 ne furent pas punis de prison. En revanche, les quatre faussaires de Narbonne, en 1328, furent considérés comme particulièrement coupables, parce qu'ils avaient été subornés par des ennemis personnels de l'accusé : on les condamna à l'emprisonnement perpétuel, au pain et à l'eau, avec des chaînes aux mains et aux pieds. L'assemblée d'experts tenue à Pamiers, lors de Vauto de janvier 1329, décida que les faux témoins devraient non seulement subir la prison, mais réparer les dommages qu'ils avaient causés aux accusés. Ce principe du talion fut appliqué plus complètement encore par Léon X en 1518, dans un rescrit à l'Inquisition d'Espagne, l'autorisant à livrer au bras séculier les faux témoins qui auraient réussi à causer un dommage notable à leurs victimes. Les expressions dont se sert le pape prouvent que ce crime était encore fréquent. Zanghino nous dit qu'à son époque il . n'y avait pas de pénalité légale définie, et que le faux témoin devait être puni «à la discrétion de l'inquisiteur» — nouvel exemple de la tendance qui domine toute la jurisprudence inquisitoriale. consistant à imposer aux tribunaux le moins d'entraves possible, à les revêtir d'un pouvoir discrétionnaire et à se fier à Dieu, au nom et pour la gloire duquel ils opé-