‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 443 sur 551 · IMPUISSANCE DE LA DÉFENSE · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE DE LA DÉFENSE

d'ailleurs, n'ont guère qu'une valeur théorique, car on peut douter qu'un avocat quelconque soit jamais intervenu devant le tribunal inquisitorial. La terreur qu'il inspirait est clairement attestée par le fait suivant. En 1300, le Frère Bernard Délicieux fut chargé par le provincial franciscain de défendre la mémoire de Castel Fabri. Nicolas d'Abbeville, l'inquisiteur de Carcassonne, lui refusa brutalement l'audience qu'il sollicitait; alors Bernard ne put trouver dans toute la ville un seul notaire qui osât lui prêter son concours pour rédiger une protestation légale; tous craignaient d'être arrêtés et poursuivis s'ils s'opposaient, en quoique ce soit, a la tyrannie du redoutable inquisiteur. Bernard fut obligé d'attendre une douzaine de jours jusqu'à ce qu'il pût faire venir un notaire d'une ville éloignée pour accomplir une simple formalité! Les fonctionnaires locaux avaient de bonnes raisons de redouter le courroux de Nicolas, car, quelques années auparavant, il n'avait pas hésité à jeter en prison un notaire pour avoir osé rédiger un appel des habi- 446 tants de Carcassonne au roi de France (4).

Ce qui précède fait suffisamment connaître l'esprit qui dominait tous les actes de l'Inquisition. Les hommes qui organisèrent le Saint-Office savaient trop bien ce qu'ils voulaient pour laisser la porte ouverte aux habiletés et aux arguties de la défense. Celle-ci ne pouvait, de l'aveu général, recourir qu'à un seul moyen : la disqualification des témoins à charge. Comme nous l'avons vu, un témoin pouvait être disqualifié sous le prétexte d'inimitié mortelle à l'endroit de l'accusé; mais, pour que l'inimitié fut qualifiée ainsi, il fallait qu'il y eût eu effusion de sang, ou du moins une querelle assez grave entre les parties pour avoir pu amener ce résultat. Comme c'était là le seul espoir de la

(i) Concil. Biterrens. ann. 1246, apppnd. c. 8.— Concil. Campinacens. ann. 123ê c. 14. — Contre le Franc-Alleu sans Tiltre, Paris, 1629, p. 2 16. — Fuero Real de Espana, lib. i, tit. ix, leg. 1. — Foumier, Les officialités, etc. p. 289. — C. 11., Extra v. 7. — Concil. Valentin. ann. 1248 c. 11. — Concil. Albiens. ann. 1254 c. 23. — Bernard Guidon. Practica P. iv (Doat, XXX.) — Eymeric. Dwect. Inguis. p. 446, 452, 565, 568. — Angeli de Clavasio, Summa angelica, s. v. Hxreticns, § 20. — Mss. Bib. Nat., londs latin, n° 14930, fol. 220. — Bernardi Comens. Lucerna Inq^intor. s. vv. Advocatus, Defensor. — C. 13, § 7, Extra v. 7. — Alei. PP. IV. Bull. Cupie?itc*, 4 Mart. 1260. — Arch. de l'Inq. de Carcassonne. Doat, XXXIV. 123.) — V»isSete, IV. 72.

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