PAS DE TÉMOINS A DÉCHARGE
défense, on voit combien était cruelle l'habitude presque générale de dissimuler à l'accusé les noms des témoins à charge. Le malheureux en était réduit à chercher, presque au hasard, quelles personnes avaient pu contribuer à le mettre en cause. S'il désignait quelque témoin comme son ennemi mortel, on l'interrogeait sur les causes de cette inimitié; l'inquisiteur s'enquérait des faits qui avaient motivé la querelle et décidait si oui ou non ils suffisaient à infirmer le témoignage. Des légistes consciencieux comme Gui Foucoix et des inquisiteurs comme Eymerich exprimaient le désir que les juges eux-mêmes se renseignassent sur l'autorité des témoins et écartassent ceux qui semblaient inspirés par la haine; mais bien d'autres cherchaient plutôt à arracher aux malheureux leur dernière planche de salut. Une de leurs ruses consistait à demander comme par hasard à l'accusé vers la fin de son interrogatoire, s'il se connaissait des ennemis assez acharnés pour témoigner faussement contre lui; si, ainsi pris à l'improviste, il répondait négativement, toute défense ultérieure lui devenait impossible. D'autres fois, on présentait à l'accusé le témoin le plus hostile et on lui demandait s'il le connaissait; en cas de réponse négative, il s'interdisait de mettre en avant l'exception d'inimitié personnelle. Dans les cas ordinaires, on ne permettait jamais à l'accusé d'invoquer des témoins à décharge, sauf pour établir l'inimitié d'un de ses accusateurs. En vertu d'une fiction légale, on supposait que l'inquisiteur examinait l'une et l'autre face de la question et veillait sur la défense non moins que sur l'accusation. En résumé, si un accusé ne parvenait pas à deviner les noms de ses ennemis et à disqualifier leurs témoignages, sa condamnation était certaine (1).
En Angleterre, sous l'empire de la coutume barbare de la
(t) Guid. Fulcod. Quzst. xv. — Eymeric. Direct. Inq. p. 446, 450, 607, 610, 614. — Zanchini Tract, de H fret. c. ix, xu. — Litt. Pétri Albanens. (Doat,
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Dans le registre de l'Inquisition de Carcassonne, de 1249 à 1258, M. Molinior a relevé deux cas ou l'accusé put faire intervenir des témoins à décharge. Dans i'.m d'eux, G. Vilanière invoqua deux témoins pour prouver un alibi; dans l'autre, Guillem Nègre produisit une lettre de réconciliation et de pénitence. Chaque fo s la dépense eut partie gagnée {Vlnquis dans le Midi, p. 346.)