‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 445 sur 551 · AFFAIRE DE B. PONS · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE B. PONS

peine forte et dure, un prisonnier qui refusait de plaider coupable ou non coupable était écrasé jusqu'à ce que la mort s'ensuivit, parce que le procès ne pouvait pas avoir lieu s'il n'v avait ni confession, ni dénégation. Quelque cruel que fût cet expédient, il était inspiré par un sentiment viril de la justice, par le principe que le plus vil des félons devait avoir la possibilité d'établir son innocence. Le système de l'Inquisition était bien pire. Dans le cas où l'accusé refusait de se défendre, la procédure suivait son cours. Ce refus était un acte de contumace, équivalent au refus de comparaître; ou bien encore on y voyait l'équivalent d'un aveu et l'accusé était immédiatement livré au bras séculier pour être brûlé. Il faut ajouter que ces cas étaient rares, parce que la torture obligeait les prisonniers à répondre (1).

Nous citerons quelques cas pour donner une idée de l'extra- 44# ordinaire simplicité à laquelle se trouvait réduite la procédure inquisitoriale par suite de l'absence d'avocats et du refus de toutes facilités à la défense.

Le 49 juin 1252, P. Morret fut appelé devant l'Inquisition de Carcassonne; on lui demanda s'il voulait se défendre des inculpations contenues dans l'instruction dirigée contre lui. Il put dire seulement qu'il se connaissait des ennemis et en nommer cinq. Apparemment, il ne réussit pas à désigner l'un de ses accusateurs, car on lui donna ensuite lecture des témoignages à charge et on lui demanda trois fois s'il avait quelque chose à ajouter. Il répondit que non et l'affaire prit fin par la fixation du jugement au 29 janvier. Deux ans après, en 1254, à Carcassonne, un certain Bernard Pons fut plus heureux, car il lui arriva de deviner juste en désignant sa propre femme comme son ennemie mortelle, et nous possédons l'enquête à laquelle on procéda en conséquence pour savoir si l'inimitié en question avait bien ce caractère. On interrogea trois témoins, qui jurèrent tous que la femme de Pons avait de mauvaises mœurs; l'un d'eux déposa qu'elle avait été surprise en adultère par son mari, un autre

(i) Coll Doat, XXXI. 149. — Bernardi Comens. Lucerna Inquisit. s. v. Taciturnitat.

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