DIFFICULTÉ DES APPELS
l'appel, les secondes laissaient le cas aux mains de l'inquisiteur, à moins qu'il ne fût formellement évoqué par le pape. Or, cela était nécessairement très rare et une pareille procédure, par sa complication, n'était ouverte qu'à des hommes très bien informés. Un accusé comme Maître Eckart, soutenu par tout l'Ordre Dominicain, pouvait y recourir, bien qu'en fin de compte il n'ait pas été mieux traité par Jean XXII qu'il ne l'eût été par l'archevêque de Cologne. Lorsque, en 4323, le Sire de Parthenay, un des seigneurs les plus influents du Poitou, fut accusé d'hérésie par le frère Maurice, l'inquisiteur de Paris, et enfermé dans le Temple par Charles le Bel, il en appela de Maurice ■en alléguant l'inimitié personnelle que lui portait le juge. Le roi Charles l'envoya, sous bonne garde, au pape Jean XXII à Avignon. Le pape refusa d'abord d'admettre l'appel, mais enfin, sur les instances des amis deParthenay, il consentit à désigner plusieurs évêques comme assesseurs de l'inquisiteur, et il en résulta qu'après de longues procédures Parthenay fut mis en liberté. De pareils cas sont naturellement très exceptionnels; tout autre était le sort des pauvres gens et des hommes de petite noblesse qui remplissaient les geôles de l'Inquisition et figuraient à ses autos de fé. Les manuels à l'usage des inquisiteurs ne se font pas scrupule de leur enseigner les ruses et fourberies auxquelles ils peuvent avoir recours pour éluder toutes les tentatives d'appel lorsqu'une infraction des règles les a exposés à cet accident (1).
Il y avait toutefois une autre catégorie de cas où l'intervention du pape pouvait se produire, car le Saint Siège était d'humeur autocratique et savait mettre de côté toutes les règles. La Curie était toujours avide d'argent et, en dehors de l'Italie, elle n'avait point de part aux confiscations. On conçoit donc 452 facilement que des hommes opulents, dont tout l'avoir était en jeu, consentissent à le partager avec la cour pontificale afii
(1) Pegnœ Comment, in Eymeric. p. 675. — Zanehini, Tract. <1e Hxr^t. c. xxix. — Eymeric. Direct. Inq. p. 453-55. — Grandes Chron. ann. 1323. — Gui! I. Nangiac. Contin. ann. 1323. — Chron. de Jean de S. Victor, (lonttn. ann. 1323. — Bernardi Comens. Lucerna Inquisitor. s. vv. Appellatio, Excet>tiu n° 2.