RARETÉ DES ACQUITTEMENTS
Guillem, condamné à la prison perpétuelle et repentant; le pape motivait son intervention en alléguant qu'il n'existait pas d'autre pouvoir en état de commuer la peine (1).
Toutefois, comme l'intervention pontificale était contraire à 453 la loi et exceptionnelle, il n'y a pas lieu d'en tenir compte lorsqu'on considère les effets de la procédure inquisitoriale. Ces effets étaient tels que la condamnation, sous une forme ou sous une autre, était réputée inévitable. Le registrede Carcassonne, de 1249 à 1258, où sont énumérés environ 200 cas, n'indique pas une seule fois qu'un prisonnier ait été remis en liberté comme innocent. 11 est vrai que l'interrogatoire d'Alizaïs Debax, du 27 mars 1249, est suivi de la note : « Elle ne fut pasentendue à nouveau parce qu'on la considéra comme innocente » ; mais cette exception apparente est annulée par une seconde note ainsi conçue : Cruce signât a est, c'est-à-dire qu'elle fut condamnée à porter des croix en public, manière d'affirmer, aux yeux du peuple, que l'Inquisition était infaillible. Un homme contre lequel il n'existait pas de preuves et qui ne voulait pas confesser une faute imaginaire était retenu indéfiniment en prison, à la discrétion de l'inquisiteur; enfin, si la preuve relevée à sa charge était seulement incidente et non directe, si la suspicion était légère, il pouvait être mis en liberté sous caution, avec ordre de se tenir à la porte de l'Inquisition depuis l'heure du déjeuner jusqu'à celle du diner et depuis le dîner jusqu'au souper, en attendant qu'un nouveau témoignage vint & surgir contre lui et que l'inquisiteur put prouver saculpabilité admise d'avance comme certaine. Au nord des Alpes, c'était une règle universellement reçue que personne ne devait être acquitté. Tout ce que la justice inquisitoriale pouvait faire, lorsque l'accusation échouait complètement, c'était de rendre un verdict de « non prouvé ». On déclarait simplement que les griefs n'étaient pas établis, mais on se gardait de dire qu'il n'y en avait pas.' Les inquisiteurs avaient pour consigne de ne
(I) Va*îP»cl«, m. 46:': Pr. 447. — Coll. Doat, XXXI. 152. 169, 283; XXXII. 69; XXXV. 134. — l'otfhast n° I02«î, 10U1, 10317, 18723, 18895. — Kipoll, i. *87 — Coll. I) ..at, XXXV. 134.— Digarrl, ll<g. de Uviiiface VIII, t. n, p. 121, n° 2577