CANON' UE CLEMENT V
jamais prononcer qu'un homme était innocent, car cela pouvait entraver une procédure ultérieure au ras où de nouvelles charges viendraient à se produire. Toutefois, en Italie, au xwe siècle, il est possible que cette règle ait été négligée, car Zanghino donne une formule d'acquittement -— fondée, chose significative, sur )a malignité établie des témoignages (1).
Clément V reconnut l'iniquité de ce système lorsqu'il incorpora dans la loi canonique une déclaration aux termes de laquelle les inquisiteurs abusaient au détriment des fidèles des sages prescriptions arrêtées pour la défense de la foi; lorsqu'il leur interdit de condamner injustement, d'agir pour ou contre
454 un accusé par faveur, par haine ou par cupidité, sous peine d'une excommunication ipso facto, ne pouvant être levée que par le Saint-Siège. Hernard Gui s'inscrivit chaleureusement en faux, contre ces accusations, identiques, dît-il, à celles que les hérétiques lançaient contre le Saint Office, au grand dommage de l'Inquisition. « Imputer l'hérésie à un innocent, ajoute-t-il, est un acte damnable, mais c'en est un autre de calomnier le Saint Office. Malgré la réfutation des accusationsdirigées contre celui-ci, le canon de Clément en admet le bien-fondé et remplit de joie les hérétiques. » — Si, comme le dit Gui, les hérétiques se réjouirent, ils eurent bien tort, car l'Inquisition poursuivit sa marche et les efforts bien intentionnés de Clément ne furent couronnés d'aucun succès (2).
La constitution du crime de suspicion facilitait singulièrement la répugnance du Saint-Office aux acquittement. Cette pratique dérivait des codes barbares, suivant lesquels l'accusé devait prouver son innocence soit par l'ordalie, soilpar )<\purgation appelée en Angleterre wager of law, c'est-à-dire en obtenant qu'un nombre déterminé d'amis vinssent jurer avec lui que l'accusation était mal fondée. Ledit du couronne-
; ment de Frédéric II prescrivit que les suspects d'hérésie | devaient s'innocenter de cette manière, si l'Église le demandait,
(1) Molinier, L Inquisition dans le Midi, p. 332-33. — Resp r.usa Prudenfum (Doat, XXXVII.) — Bern. Guidon. Prachca P. v. (Doat, XXX.)— Eymeric. Direct. Inquis. p. 474. — Zanchini, Tract, de Hxret. c. xu.
(2) C. 1. Clément, v. 3. — Bern. Guidon. Gravamina (Doat, XXX. H2.)