ATTÉNUATIONS DE LA PEINE
pour toute la vie. Le malheureux pénitent était l'objet des railleries de tous et lourdement entravé dans ses efforts pour gagner son pain. Aux premiers temps de l'Inquisition, alors que la majorité de la population du Languedoc se composait d'hérétiques et que les porteurs de croix étaient si nombreux qu'on redoutaitleur présence en Palestine, le concile de Béziers, en 1246, se vit obligé d'avertir le peuple de faire bon accueil aux pénitents; il interdit de les tourner en dérision et de refuser d'avoir commerce avec eux, vu que l'acceptation résignée de la pénitence devait être, pour tous les fidèles, un sujet de con- 470 tentement et un motif à félicitations. Mais bien que les pénitents fussent sous la protection spéciale de l'Église, elle avait prêché avec trop de zèle la haine de l'hérésie pour pouvoir modérer les sentiments populaires à l'égard de ceux qu'elle stigmatisait. En 4252, Raymonde Manifacier fut citée devant l'Inquisition de Carcassonne pour avoir quitté ses croix ; elle s'excusa en disant que son manteau s'était déchiré et qu'elle était trop pauvre pour le remplacer; quanta la croix sur sa pèlerine, •sa maîtresse, chez laquelle elle était en condition, lui avait défendu de la porter et lui avait donné une pèlerine sans croix. Un cas plus significatif est celui d'Arnaud Isarn,déjà cité; après une année d'efforts, il avait reconnu qu'il ne pouvait pas gagner -.sa vie en portant ainsi les marques de sa dégradation (t).
L'Inquisition ne se dissimulait pas que la condition des pénitents était cruelle et parfois elle avait la clémence de l'atténuer. Ainsi, en 1250, à Carcassonne, Pierre Pelha obtient l'autorisation de quitter temporairement ses croix pendant un voyage qu'il est obligé de faire en France. Bernard Gui assure que les jeunes filles étaient souvent dispensées de les porter, car elles n'auraient pu trouver de maris. Une des formules de -ses Praclica, exemptant les pénitents du port des croix, énumère les divers motifs généralement allégués à cet effet, tels que l'âge ou l'infirmité (sans doute parce qu'un vieillard ou un malade n'aurait pu tenir à distance les insulteurs), ou le fait
(i) Coll. Doat, XXI, 485 sq. — Concil. Biterrens. ann, 1246 c. 6. - Molinicr, ISlnquis. dans te Midi, p. 412. — Lib. Sent. Inq. Toiosan. p. 350.