AMENDES
que le pénitent a des enfants qu'il ne parviendrait pas à nourrir, des filles qu'il ne pourrait pas marier. Plus suggestives encore sont les formules de proclamations menaçant de poursuivre pour obstacles apportés à l'Inquisition et de condamner au port de croix ceux qui railleraient des pénitents, les chasseraient ou les empêcheraient de suivre leur vocation ; d'ailleurs, l'insuffisance de ces avertissements est attestée par les formules des ordres adressés aux fonctionnaires séculiers, à qui l'on enjoint de ne pas tolérer de pareils abus. Il arrivait que des instructions à cet effet fissent partie de la procédure régulière des autos de fé. Tout cela prouve que le port de la croix, c'est-à-dire du symbole même du christianisme, était un châtiment des plus durs. Le Sanbenito de l'Inquisition espagnole moderne dérive 47â du scapulaire avec croix de couleur safran qui était porté par les condamnés à la prison lorsque, à certaines fêtes, ils étaient exposés aux portes des églises, afin que leur misère et leur humiliation servissent d'avertissement au peuple (1).
On se souvient qu'à l'origine il y eut quelque incertitude sur la question de savoir si les inquisiteur pouvaient infliger des amendes. Le vœu de pauvreté des Mendiants, auxquels était confié le Saint-Office, n'était pas encore tombé dans l'oubli au point qu'on pût se résigner sans scandale à les voir s'enrichir par l'usage ou l'abus de leur pouvoir presque illimité. Toutefoisr ils ne tardèrent pas à entrer dans cette voie. Nous avons déjà cité la sentence de 1237, aux termes de laquelle Pons Grimoardi, converti volontaire, reçoit l'ordre de payer à l'Inquisiteur dix livres Morlaas. En 1245, à Florence, un jugement rendu par l'infatigable inquisiteur Ruggieri Calcagni montre que les amendes y étaient déjà une peine habituelle. Ce n'est doncpas sans cause que le concile de Narbonne, en 1244, dans ses* instructions aux inquisiteurs, leur enjoignit de ne point prononcer de peines pécuniaires, tant dans l'intérêt de l'honneur de leur Ordre que parce qu'ils avaient de bien autres devoirs
(1) Molinier, op. cit. p. 4#4, 414-5.— Bernard. Guidon. Gravnmma (Doat, XXX,. 115.) — E|iisd. Practica P. n (Doat, XXIX, 75.)— Arrh. de Vlnq. de tare. (Doat,. XXXVU. 107, 135, 149.) — Evmeric. Direct. In/, p 490-99.