‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 468 sur 551 · AVIDITÉ DES JUGES · texte numérisé non relu

AVIDITÉ DES JUGES

à remplir. L'Ordre lui-même sentait que ces observations étaient justifiées. Gomme les inquisiteurs n'étaient pas encore, en théorie du moins, émancipés du contrôle de leurs supérieurs, le chapitre provincial de Montpellier avait, dès 1242, essayé de remettre en vigueur les règles de l'Ordre en défendant aux moines d'infliger à l'avenir des amendes et de percevoir celles qu'ils avaient précédemment imposées. Mais cette décision fut peu respectée, témoin une bulle d'Innocent IV, cn 1245, par laquelle le pape, désireux de sauver la réputation des inquisiteurs, ordonne que toutes les amendes soient versées à deux personnes choisies par l'évêque et par l'inquisiteur, afin que le produit serve à la construction de prisons et à l'entretien des prisonniers. Pour se conformer à la bulle d'Innocent, le concile de Béziers, en 1246, abandonna la position prise parle concile de Narbonne et accorda que les amendes fussent employées pour les prisons et pour couvrir les dépenses nécessaires de l'Inquisition. Sans doute les bons évêques prirent cette décision 472 afin d'éviter d'être mis eux-mêmes à contribution pour ces dépenses qui relevaient de leur juridiction épiscopale. Dans un manuel inquisitorial de cette époque, la destination des amendes est précisée dans le sens indiqué ; mais les abus ne tardèrent pas à se produire et, dès 1249, Innocent IV reprochait durement aux inquisiteurs leurs exactions au détriment des convertis, à la honte du Saint-Siège et au scandale des fidèles en général. Cette lettre parait n'avoir pas eu d'effet, car, en 1251, le pape défendit absolument aux inquisiteurs d'imposer des amendes toutes les fois qu'un autre mode de pénitence pourrait être employé. Mais les inquisiteurs finirent par l'emporter et obtinrent le droit d'infliger des peines pécuniaires à discrétion. Les sommes ainsi perçues devaient, bien entendu, servir à des usages pieux, y compris les dépenses de l'Inquisition ; et comme elles étaient versées aux inquisiteurs euxmêmes, il est probable qu'elles n'étaient pas détournées de leur but, mais dépensées « décemment et sans causer de scandale aux laïques », suivant la recommandation d'Eymerich. Dans les sentences portées par Frà Antonio Secco contre les paysans des

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