AFFAIRE DE FLORENCE
comme les mauvais. Mais le résultat ne justifia ni les espérances du pape ni les craintes de l'inquisiteur. Les inquisiteurs continuèrent à s'enrichir et les populations à souffrir de leur tyrannie. En 1338, le pape dut procéder à une enquête sur un marché scandaleux conclu par la ville d'Albi, qui avait payé à l'inquisiteur de Carcassonne une grosse somme d'argent pour 479 obtenir la mise en liberté de quelques citoyens accusés d'hérésie, En 1337, Benoît XII ordonna à son nonce en Italie, Bertrand, archevêque d'Embrun, de vérifier les plaintes qui, de toutes les régions de la péninsule, s'élevaient contre les extorsions des inquisiteurs, leur vénalité, leurs complaisances coupables. Le nonce était autorisé à prononcer des révocations et la. manière dont il usa de ce droit prouve combien le mal était profond. Mais de pareilles mesures ne produisaient pas d'effet durable.
En 1346, la république de Florence s'insurgea contre son inquisiteur, Piero di Aquila, qu'elle accusait de méfaits divers, entre autres d'extorsions. Il s'enfuit et refusa de revenir au cours de l'enquête qui fut instituée, bien qu'on lui eût offert un saufconduit. Un seul témoin fit connaître, sous la foi du serment, soixante-six cas d'extorsion; suivant une liste partielle qui nous en a été conservée, les sommes indûment perçues varient de vingtcinq à dix-sept cents florins d'or. Villani assure qu'en deux ans ce bandit avait amassé plus de 7,000 florins, somme énorme pour l'époque; or, il n'y avait pas alors d'hérétiques à Florence et les délits qui enrichissaient si rapidement l'inquisiteur étaient l'usure et le blasphème involontaire. En ce qui touche l'usure, Àlvaro Pelayo dit que les évêques de Toscane en donnaient l'exemple et prêtaient à intérêts les fonds des églises ; mais les Inquisiteurs se gardaient de toucher aux prélats. Quant aux blasphèmes, nous savons par Eymerich combien il était aisé de découvrir une hérésie dans un simple juron. Boccace songeait sans doute à Frà Piero lorsqu'il décrivait l'inquisiteur de Florence qui, pareil à tous ses confrères, avait des yeux de lynx pour découvrir l'hérésie des riches et qui extorquait une forte somme à un citoyen coupable d'avoir dit qu'il possédait du vin