‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 477 sur 551 · VÉNALITÉ DE L'INQUISITION · texte numérisé non relu

VÉNALITÉ DE L'INQUISITION

Les abus de l'Inquisition étaient indéracinables. Cornélius Agrippa nous assure que les inquisiteurs avaient l'habitude ce commuer les peines corporelles en amendes et même d'imposer des redevances annuelles pour prix de leur indulgence. Résidant dans le Milanais, vers 1515, il fut témoin d'une émeute causée par la rapacité de ces hommes, qui avaient extorqué de grosses sommes à des femmes de noble naissance; quand les maris découvrirent la chose, les inquisiteurs furent trop heureux d'échapper vifs (1).

J'ai insisté sur ce caractère de l'Inquisition, parce qu'on en a rarement tenu compte, malgré tout le mal et toutes les souffrances qui en ont résulté. Le bûcher n'a fait, comparativement, que peu de victimes. Quelque horribles qu'aient été les cachots encombrés où l'Inquisition entassait ses martyrs, elle a fait régner encore plus de terreur et de désespoir par la perpétuelle menace de spoliation qu'elle tenait suspendue sur les tètes. 481 D'un jour à l'autre, une famille pouvait, par elle, être réduite à la mendicité. Rarement les victimes osaient crier, plus rarement encore leurs cris étaient entendus; mais nous connaissons assez de cas particuliers pour savoir à quel point le Saint Office devint, par sa seule puissance spoliatrice, un fléau pour les populations qui le subissaient. De bonne heure, les riches reconnurent qu'il était d'habile politique de se concilier le bon vouloir d'hommes aussi formidablement armés. En 124-4, le chapitre dominicain de Cahors dut intervenir; il ordonna aux inquisiteurs de ne point permettre à leurs Frères de recevoir des présents, qui mettaient en péril le renom de l'Ordre ; mais ces scrupules furent bientôt oubliés et l'on vit un homme d'un caractère élevé, comme Eymerich, soutenir que les inquisiteurs pouvaient recevoir des présents, bien qu'ils eussent lieu de refuser, sauf en des cas exceptionnels, ceux de personnes traduites devant leur tribunal. Comme les comptes de l'Inquisition n'étaient rendus qu'à laChambre pontificale, ses fonctionnaires n'avaient à craindre ni enquête, ni dénonciation. Ils n'avaient

(1) Cornjl. Agrippa, De vanitate scientiar. cap. x v .

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