‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 480 sur 551 · AFFAIRE DE CORDES · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE CORDES

naissance du mauvais usage qu'on en faisait. Toutefois, les jurisconsultes discutaient sur la prohibition perpétuelle de bâtir au môme endroit, — les uns affirmant que la possession continue du terrain par un catholique, pendant quarante ans, lui donnait le droit d'j construire une maison nouvelle, les autres maintenant que la sentence inquisitoriale avait créé une servitude perpétuelle et imprescriptible. Avec le temps, les inquisiteurs s'arrogèrent le droit de donner des autorisations de construire sur les terrains maudits, et ils exercèrent ce droit à leur profit, bien qu'il leur eût sans doute été difficile d'alléguer une autorité à cet effet (1).

Une autre peine temporelle peut être citée comme exemple du pouvoir presque illimité des inquisiteurs en matière de pénitences. Quand, en 1321 , la ville de Cordes, longtemps rebelle à son évêque et à son inquisiteur, fit sa soumission, la pénitence imposée par Bernard Gui et Jean de Beaune consista en l'érection d'une chapelle, de dimensions à déterminer, en l'honneur de Saint Pierre Martyr, Sainte Cécile, Saint Louis et Saint Dominique, avec les statues de ces saints en pierre ou en bois au-dessus de l'autel; pour compléter l'humiliation de la ville, le portail devait être orné des statues de Févêque et des deux inquisiteurs, le tout à terminer dans le délai de deux ans, sous peine d'une amende de cinq cents livres tournois, qui devait être doublée après un nouveau délai de deux ans. Les gens de Cordes se hâtèrent de construire la chapelle, mais ils hésitèrent à glorifier ainsi leurs oppresseurs ; vingt-sept ans plus tard, en 1348, nous voyons les autorités municipales citées devant l'Inquisition de Toulouse et obligées de donner caution pour l'achèvement immédiat du portail et l'exécution des statues des inquisiteurs (2).

La pénitence la plus sévère que pussent imposer directement 484 les inquisiteurs était celle de la prison. Suivant la doctrine

(1) Isambert, Ane. loix françaises, IV. 364; V. 491. -— Ripoll, I, 252. — Arch. de l'ïnq de Carcass. (Doat, XXVII. 248.) — Sachsenspiegel, Buch m, Art. i. — Zancliini Tract, de Hseret. c. xxxix, xl.

(i) Lib. Sentent. Inq. Tolosan. 280. — Arch. de l'ïnq. de Carcass. (Doat. XXXV, 122.) v

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