ENCOMBREMENT DES PRISONS
pas y avoir d'exemptions. Le concile de Narbonne, en 1214, 485 déclara expressément qu'à moins d'une indulgence spéciale du Saint-Siège, un mari ne devait jamais être épargné à cause de sa femme, ni une femme à cause de son mari, ni un père en considération des enfants dont il était la seule ressource; ni l'âge ni la maladie ne devaient être invoqués en vue de l'adoucissement de la peine. Quiconque ne se présentait pas dans le délai de grâce pour se confesser et dénoncer ses complices, était passible de cette pénitence, qui devait toujours être infligée pour la vie. Épouvantés par l'activité des inquisiteurs, ceux qui avaient laissé passer les délais fixés se présentaient en foule, suppliant qu'on les admit à réconciliation. Cette foule devint bientôt si grande, vu la diffusion de l'hérésie en Languedoc, que les bons évêques se déclarèrent incapables de nourrir tant de prisonniers, ni même de trouver assez de pierres et de mortier pour construire des prisons à leur usage. On prescrivit donc aux inquisiteurs de différer l'incarcération des convertis, à moins de péril d'impénitence, d'apostasie ou de fuite, jusqu'à ce qu'on eût obtenu l'avis du pape. Apparemment, Innocent IV n'était pas disposé à l'indulgence, car, en 1246, le concile de Béziers ordonna l'incarcération de tous ceux qui avaient laissé passer les délais, en conseillant toutefois de commuer la peine lorsqu'elle entraînerait péril de mort pour des parents ou des enfants. La prison devint ainsi la peine ordinaire, excepté dans le cas d'hérétiques obstinés, qui étaient brûlés. Un seul jugement, rendu le 19 février 1237 à Toulouse, condamna de la sorte vingt à trente pénitents, qui devaient être enfermés dans une maison jusqu'à ce qu'il y eût place pour eux dans les geôles. Dans un fragment du registre des sentences de l'Inquisition de Toulouse, de 1246 à 1248, comprenant 192 cas, dont 43 concernant des contumaces, la peine infligée est toujours la prison. Cent vinjt-sept personnes furent condamnées à la prison perpétuelle, six à dix ans et seize à un emprisonnement de durée indéfinie, suivant qu'il semblera expédient à l'Église. C'est plus tard seulement qu'on se conforma à la décision du concile de Narbonne et que la condamnation fut toujours à vie. Dans la