‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 483 sur 551 · CRUAUTÉ DE BERNARD GUI · texte numérisé non relu

CRUAUTÉ DE BERNARD GUI

suite, il y eut quelque adoucissement, car tous les inquisiteurs n'étaient pas de la trempe du féroce Bernard de Caux, qui gouvernait alors le Saint Office à Toulouse; mais, jusqu'à la fin, la prison perpétuelle resta la pénitence par excellence, bien 486 que les décrets de Frédéric et les canons des conciles de Toulouse et de Narbonne ne fussent pas considérés comme applicables à ceux qui avaient abjuré «de grand cœur » après leur arrestation (1),

Dans les sentences d'époque plus récente qui nous sont parvenues, il est souvent bien difficile de comprendre pourquoi un coupable est incarcéré, tandis qu'un autre, accusé des mêmes méfaits, est remis en liberté avec l'obligation de porter des croix. Peut-être distinguait-on entre ceux qui se convertissaient avec joie et ceux dont la conversion paraissait forcée. Un exemple nous montrera avec quelle cruauté un homme comme Bernard Gui, qui appartient au groupe des inquisiteurs les plus éclairés, pouvait appliquer la loi terrible dont l'Église avait armé sa main. Un certain Pierre Raymond Dominique, cité à comparaître en 1309, avait pris la fuite et été frappé d'une excommunication ; condamné en 1315 comme hérétique contumace, il se présenta volontairement en 1321, sur la promesse que sa vie serait sauve. Ses actes d'hérésie n'avaient pas été flagrants et il alléguait, pour excuser sa contumace, qu'il avait à sa charge une femme et sept enfants, que sa disparition aurait condamnés à mourir de faim. Il n'en fut pas moins incarcéré pour le reste de ses jours!

L'austère Bernard de Caux ne fut pas toujours aussi impitoyable. En 1246, il condamna Bernard Sabbatier, hérétique relaps, à la prison perpétuelle, mais il ajouta que le père du coupable étant un bon catholique, vieux et malade, son fils pourrait rester auprès de lui sa vie durant et travailler pour le nourrir, à la condition déporter des croix (2).

(1) Concil. Tanacon. ann. 1242. — Concil. Narl onn. ann 1 "46. c. 0, 19.— Conc. R'tterr. ann. 1246, Append. c. 20. —Coll. Doat, XXI. 152. — Ms<. Bib. Nat. fonds lat. ii° 9992. — Bern. Guidon. Practica P. iv 'Doat, XVX.)

(>) LU). Sent. Inq. Tolos. passim, p. 347-9. — faiymeric, Direct. Inq. p. 507. — Mss. Lib. Nat. fonds latin, n° 9992. — Tructica super In juisit. (Mss. Bib. Nat iouds iat. n° 14 930, loi. 222.)

Page 1