‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 488 sur 551 · LA TOUR DE CARCASSONNE · texte numérisé non relu

LA TOUR DE CARCASSONNE

frères captifs et, quand on songe aux dangers que pouvait faire courir l'accusation de favoriser l'hérésie, on ne peut qu'admirer le zèle désintéressé de ceux qui osaient ainsi tendre la main aux persécutés. (1).

Les prisons étaient naturellement construites de façon à ménager le plus possible la dépense et la place, sans aucun souci de la santé ni de la commodité de leurs hôtes. Les instructions pontificales portaient qu'elles devaient se composer de petites cellules sombres, chacune pour un prisonnier seulement ; la détention devait être très rigoureuse, mais ne pas mettre en danger la vie du captif. La description faite par M. Molinier de la Tour de l'Inquisition à Garcassonne, qui servait de prison inquisitoriale, montre que les instructions de Rome furent fidèlement suivies. C'était un lieu horrible, composé de petites cellules, sans air ni lumière, où pendant de longues années les infortunés pénitents traînaient une vie d'indicible misère, bien pire que la courte agonie du bûcher. 492 Dans ces séjours du désespoir,, ils étaient entièrement à la merci des geôliers. Leurs plaintes n'étaient jamais écoutées; si un prisonnier déclarait avoir été l'objet de violences, son serment était dédaigneusement écarté, alors que l'on acceptait celui des fonctionnaires de la prison. Les instructions données, en 1282, par Frère Jean Galande, inquisiteur de Garcassonne, au geôlier Raoul et à sa femme Bertrande, jettent un jour singulier sur le régime de ces établissements. On les menace de renvoi irrévocable si, à l'avenir, ils empruntent de l'argent aux prisonniers ou reçoivent d'eux des cadeaux, s'ils s'approprient l'argent ou les effets de ceux qui meurent, s'ils permettent à des prisonniers de franchir la première porte, s'ils mangent avec eux, s'ils emploient les serviteurs de la prison à diverses besognes ou k des courses, s'ils jouent avec eux ou leur permettent de jouer ensemble, etc. (2)

(1) Arcli. de l'înq. do Carcass. (Doat, xxm. 14, 16.) — Muratori, Antiq. Dis* sert, lx (T. xu. p. 500, 507, oi • ', 525.) — LiLi. Sentent. Inq. Tolos. p. 252-4, 307. - Tract.de liserés. Pau.>. de Lug. (Martène, Thés. v. !78<>.)

(2) Praçtlca super Inquis." (Vlss. Bil>. Nat., l'omis latin, n° 14930, fol. 22«.) — Molinier, op. cit. p. 44a. — Arcli. de l'înq. de Carcass. (Doat, xxxu. Ii5; xxxvn. 83.

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