EXACTIONS DES GARDIENS
Évidemment, un prisonnier ayant de l'argent pouvait obtenir des faveurs de l'honnête Raoul ; mais les instructions que nous venons de résumer passent sous silence un des abus les plus scandaleux qui déshonoraient les prisons — la confiscation, par les gardiens, de l'argent et de la nourriture envoyés aux prisonniers par leurs amis. Naturellement, des fraudes de tout genre poussaient, comme des champignons, sur ce terrain profondément vicié. En 1304, Hugolin de Polignac, garde de la prison royale de Carcassonne, fut jugé pour avoir détourné une partie de la subvention royale, pour avoir maintenu sur les registres, pendant des années, après leur décès, les noms de certaines personnes et pour avoir gardé l'argent que leur envoyaient des amis; mais les témoignages ne parurent pas suffisants pour justifier une condamnation. Les cardinaux que Clément V chargea, peu de temps après, d'enquérir sur les abus de l'Inquisition en Languedoc, dénoncèrent sommaire" ment les fraudes habituelles en obligeant les nouveaux geôliers, nommés par eux, à jurer de remettre à chaque prisonnier les provisions que lui destinait le roi, aussi bien que celles que lui envoyaient ses amis — intimation confirmée par les décrétâtes de Clément V. Le rapport des cardinaux témoigne de leur horreur en présence des faits constatés par eux. A Carcassonne, ils enlevèrent complètement la direction de la prison 493 à l'inquisiteur Geoffroi d'Ablis et la remirent à l'évêque; ils ordonnèrent de réparer immédiatement les cellules de l'étage supérieur afin qu'on pût y transporter les prisonniers âgés et infirmes. A Albi, ils délivrèrent les captifs enchainés, prescrivirent d'éclairer les cellules et d'en construire de meilleures dans le délai d'un mois. A Toulouse, leur mécontentement ne fut pas moindre. Partout on se plaignait du manque de nourriture, de l'absence de lits, de la fréquence des tortures, Les réformes des cardinaux consistèrent surtout à diviser la responsabilité entre l'évêque et l'inquisiteur, dont l'accord était nécessaire pour une sentence d'emprisonnement ; chacun d'eui devait nommer un geôlier, chaque geôlier devait avoir une clef pour chaque cellule et jurer de ne jamais parler à un captif