MÉPRIS DES CANONS DE CLÉMENT
autrement qu'en présence de son collègue. Ces remèdes insuffisants, approuvés par le pape Clément, ne purent guère produire d'effets utiles. Bernard Gui se plaignit amèrement que le pape eût jeté la honte sur l'Inquisition en déclarant qu'il y avait de la fraude et de la violence dans le régime de ses prisons, et il avança que les nouveaux règlements étaient inapplicables. Bien que la contrainte qu'ils imposaient aux inquisiteurs fut bien faible, nous pouvons être certains qu'ils ne furent pas longtemps appliqués. Peu d'années après, dans les Practica, Bernard Gui tient pour assuré que le droit de jeter un homme en prison appartient uniquement à l'inquisiteur ; il cite avec dédain, et par son titre seulement, le canon clémentin et allègue ensuite, comme si elle était encore en vigueur, une bulle de Clément IV, qui donnait toute autorité à l'inquisiteur et ne mentionnait pas l'évèque. En fait, avant la fin du siècle, Eym'M'ich considérait les canons clémentins comme indignes d'être insérés dans son travail, parce que, nous dit-il, on ne les observe nulle part en raison des inconvénients qu'ils présentent. Toutefois, vers 1500, Bernardo di Como reconnaît que la règle clémentine peut être suivie quand il s'agit d'une détention pénale après le jugement ; mais il maintient que l'inquisiteur a seul le contrôle de la prison et de ses hôtes, avant et pendant le procès. (1) 494 Avec de pareils geôliers, il est probable que les évasions — assez fréquentes — étaient le fruit de la corruption. Même les "prisonniers enchaînés réussissaient quelquefois à s'échapper. Mais ce qui mettait le plus souvent un terme aux souffrances des captifs, était la mort causée par l'effroyable saleté où on les
(1) Les OHm, m. 148. — A.rch. de l'Hôtel de ville d'Albi (Doat, xxxiv. 45.) — Bern. Guidon. Gravam. (Doat, xxx. 105-8.) — Ejusd. Practica P. iv. c. 1. — Eymeric. Direct. Inq. p. 587. — Bernardi Comens. Lucerna fnquis. s. v. Carcr.
Le passage des Practica auquel il est fait allusion se trouve dans un manuscrit de la Bib. Nat., tonds lat., n° 14570, fol. 258. L'allusion aux Clémentines manque dans le manuscrit imprimé par Douais, Paris, 1885, p. 179.
En 1325, l'évêque Richard Ledred d'Ossorv se prévalut du canon clémentin pour revendiquer le droit de surveillance sur William Outlaw, qu'il emprisonna dans le château de Kilkenny comme fauteur de sorciers (il n'y avait pas, semble-t-il, de geôle épiscopale). — Wright's Proceedinas against Dame Alice Kytelei\ Camden Soc, 1843, p. 31.