ATTÉNUATION DES PEINES
Ce tableau donne sans doute une idée exacte de la fréquence relative des châtiments imposés.
Il faut encore noter une particularité des sentences inquisitoriales. Elles se terminaient toujours par une formule réservant le pouvoir discrétionnaire de modifier, de mitiger, d'aggraver et de renouveler la peine. Dès 1244, le concile de Narbonne enjoignit aux inquisiteurs de se réserver toujours ce pouvoir, et cela devint, avec le temps, une règle invariable. En 1245, Innocent IV conféra aux inquisiteurs, agissant de concert avec l'évoque du pénitent, le droit de modifier la pénitence imposée. En général, l'évêque collaborait à ces modifications des sentences, mais Zanchini nous apprend que son consentement n'était essentiel que lorsqu'il s'agissait de clercs. L'inquisiteur, toutefois, ne pouvait pas faire remise entière de la peine, privilège qui n'appartenait qu'au pape. Le crime d'hérésie était tellement indélébile que seul le représentant de Dieu avait un pouvoir suffisant pour l'effacer (1).
Ce pouvoir d'atténuer les sentences était fréquemment exercé. Il servait à obtenir des pénitents de plus explicites témoignages, preuves de la sincérité de leur conversion, et peut-être aussi à diminuer l'encombrement des geôles. Ainsi, dans le registre des sentences de Bernard Gui, on trouve 119 cas de mise en liberté, avec l'obligation de porter des croix; de ces 119 libérés, 51 furent exemptés par la suite du port des croix. En outre, il y a 87 cas de personnes condamnées à 496 porter des croix et à qui remise fut faite de leur peine. Cette indulgence n'était pas particulière à l'Inquisition de Toulouse. En 1328, par une seule sentence, vingt-trois prisonniers de Carcassonne furent relâchés, leur pénitence étant commuée en port de croix, pèlerinages et autres travaux. En 1329, une autre sentence de commutation, passée à Carcassonne, remit en liberté dix pénitents, parmi lesquels la baronne de Montréal. On leur imposa, leur vie durant, le port de croix jaunes et
(I) Concil. Narbonn. arm. 1244 c. 7. — Innoc. PP. IV. Bull. Ut cnmmiss>m, 20 jan. 1245 (l)oat, XXX.'. 68.)— Vaissete, m. Pr. 468. — Concil. Biterrens. ann. 1246, Âppend. c. 20. — Zanchini Tract, de ffœret. c. xxi, xxxvm.