‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 493 sur 551 · ARBITRAIRE DES JUGES · texte numérisé non relu

ARBITRAIRE DES JUGES

l'accomplissement de vingt-et-un pèlerinages, touchant à des sanctuaires aussi éloignés les uns des autres que Rome, Compostelle, Canterbury et Cologne. Ils devaient entendre la messe chaque dimanche et jour de fête, leur vie durant, se présenter au prêtre officiant avec des verges et recevoir la discipline en présence des fidèles; ils devaient aussi prendre part à toutes les processions et subir la discipline à la station finale. Dans de pareilles conditions, l'existence était à peine supportable et la mort devait être une délivrance (1).

Comme les sentences de condamnation, ces sentences de mitigation réservaient expressément le droit de modification et de renouvellement, avec ou sans cause. Quand une fois l'Inquisition avait posé sa griffe sur un homme, elle ne lâchait j amais prise et sa grâce suprême n'était que l'équivalent de Yexeat d'un forçat libéré. Jamais il n'y eut de sentence d'acquittement. Le concile de Béziers, en 1246, et Innocent IV, en 4247, dirent aux inquisiteurs que lorsqu'ils relâchaient un prisonnier, ils devaient l'avertir qu'au premier motif de suspicion il serait puni sans pitié et qu'ils devaient se réserver le pouvoir de l'incarcérer à nouveau sans la formalité d'un nouveau procès et d'une nouvelle sentence, si l'intérêt de la religion l'exigeait. Ces conditions étaient observées dans les formulaires et prescrites dans les manuels. Le pénitent ne pouvait pas ignorer que la liberté dont il jouissait était soumise à la discrétion et à l'arbitraire d'un juge qui, à tout moment, pouvait le faire reconduire en prison et charger dechaines; dans son serment d'abjuration, il donnait caution de sa personne et de tous ses biens, s'engageant à comparaître au premier appel. Si Bernard Gui, dans son Formulaire, donne le texte d'une décision gracieuse remettant toute peine personnelle, toute incapacité frappant les héritiers de l'accusé, il avertit que cette formule ne doit jamais être employée, ou ne doit l'être que très rarement.

Lorsqu'il s'agissait d'une chose importante, par exemple 497 de la capture d'un docteur éminent de l'hérésie, les inquisi-

(1) Arch. de l'Inq. de Carcassonne (Doat, xxvii. 2, 192.)

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