‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 494 sur 551 · CONDITION DES LIBÉRÉS · texte numérisé non relu

CONDITION DES LIBÉRÉS

teurs pouvaient promettre pleine et entière merci à ses disciples pour obtenir qu'ils le dénonçassent. On est heureux d'ajouter que ces promesses restaient presque toujours sans effet. Si des pénitences spéciales avaient été imposées, l'inquisiteur pouvait, après leur accomplissement, déclarer que le pénitent était un homme de bonne vie et de bonnes mœurs; mais cela n'effaçait nullement la réserve insérée dans la sentence primitive. La clémence de l'Inquisition n'allait pas jusqu'au pardon; elle se contentait d'accorder un délai, dum bene se gesserit, et l'homme qui avait une fois été l'objet d'une sentence pouvait toujours craindre d'être rappelé pour la subir à nouveau, ou s'en entendre infliger une plus sévère. Sa vie toute entière appartenait désormais au juge silencieux et mystérieux qui pouvait la briser sans même l'entendre ni donner de raison. Il était pour toujours soumis à la surveillance de la police de l'Inquisition, comprenant le prêtre de la paroisse, les moines, le clergé, la population entière, qui recevaient l'ordre de dénoncer tout relâchement dans sa pénitence, toute parole ou toute attitude suspecte — en suite de quoi il était sujet, ipso fado, aux peines terribles édictées contre l'hérétique relaps. Pour un ennemi personnel, rien n'était plus facile que de détruire un pareil homme, d'autant plus que le dénonciateur savait que son nom ne serait jamais prononcé. Nous plaignons à bon droit les victimes du bûcher et de la prison; mais leur destin était-il vraiment plus lamentable que celui de ces multitudes d'hommes et de femmes devenus les serfs de l'Inquisition, après avoir bénéficié de son hypocrite clémence, dont l'existence se traînait désormais au milieu d'une anxiété inces santé et sans espoir de repos? (1)

L'Inquisition n'était même pas désarmée par la mort de ses victimes. Nous avons déjà souvent parlé de l'exhumation des ossements de ceux qui, par une mort opportune, avaient semblé

(1) Lib Sentent. Inq. Tolosan. p. 40, 118, 122, 137, 139, 146, 147.— Bern. Guidon. Practica (Doat, XXIX. 85.)— Ejusd. P. v. (Ooat, XXX.)— Concil. Biterrens. ann. 12 16, Append. c. 21, 22. — Vaissete, III. Pr. 467. — Practica super Inquisit. (Mss. Bib. N?t., fonds latin, n° 14930, loi. 222, 224.) — Pegnœ Comment, in Eymeric. p. 509. — Zanchini Tract, de Hœret. c. xx.

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