AVIDITÉ DES INQUISITEURS
eurent la prétention non seulement de prescrire, mais de contrôler les confiscations. Vers 1245, l'inquisiteur florentin Ruggieri Calcagni condamne comme relaps un Cathare nommé Diotaiuti et lui inflige une amende de cent lires. Ruggieri accuse réception de cette somme, qui doit être versée au pape ou employée à la propagation de la foi; en même temps il concède le reste des biens de l'hérétique à sa femme Jacoba, affirmant ainsi qu'il se considère comme le propriétaire de toute la fortune de Diotaiuti. Toutefois, cette conception ne prévalut point, car, en 1283, nous trouvons une sentence du podestat de Florence, aux termes de laquelle l'inquisiteur Frà Salomone da Lucca avait donné avis que la veuve Ruvinosa, récemment défunte, était morte en état d'hérésie et que ses biens devaient être confisqués; sur quoi le podestat ordonne que ces biens soient saisis et vendus, pour que le produit en soit réparti conformément aux constitutions pontificales. Avec le temps, cependant, les inquisiteurs devinrent entièrement maîtres du produit des confiscations. En 1327, les autorités municipales de Florence remettent aux Dominicains une maison confisquée et l'acte spécifie que cette remise a lieu avec l'assentiment de l'inquisiteur. Même à Naples, nous voyons le roi Robert, en 1324, prescrire aux inquisiteurs de payer cinquante onces d'or, sur la part des confiscations qui lui revenait, au prieur de l'église de San Domenico de Naples, afin de contribuer à son achèvement (1).
En Allemagne, la diète de Worms (1321) atteste la confusion 507 qui existait dans l'esprit féodal entre l'hérésie et la trahison, en autorisant que les terres allodiales et la propriété personnelle du condamné passent à ses héritiers, tandis que les fiefs étaient confisqués au profit du suzerain. S'il était serf, ses biens étaient dévolus à son maître; mais on déduisait du montant les frais de l'exécution du propriétaire sur le bûcher et les droits de justice du seigneur-justicier. Deux ans plus tard, en 1233, le
(!) Lam\, Antirhità Toscane, 5G0, 588-9. — Zanchini Tract, de Ilœrrt. c. xxvi — Arch. di Fireii?e, Prov. S. Maria Novella, nov. 18, 1327. — Arcliivio di Napoli, Regist. 253, Lett. A, fol. 63.