MALVERSATIONS ET ABUS
A la longue, l'usage s'établit, tant dans les États de l'Église* que dans le reste de l'Italie, de répartir les produits des confiscations entre la commune, l'Inquisition et la Chambre pontificale; Jes évêques, au dire de Benoît XI, s'appropriaient la part qui leur était remise en vue de la poursuite des hérésies et participaient ainsi, quoique indirectement, à la spoliation. Un document florentin de 1283 montre que ce système était reçu à cette époque et d'autres actes datant du demi-siècle qui suivit attestent que la République avait accoutumé de désigner des mandataires pour saisir, en son nom, les biens confisqués. En 1319, la ville de Florence fit don delà part qui devait lui revenir pendant dix ans pour la construction de l'église de Santa Reparata. Les sommes ainsi perçues devaient être considérables ; en* 1299, les inquisiteurs représentent à la République que le Saint 5I£ Office a besoin d'argent pour payer ses fonctionnaires e demandent la permission de placer en biens-fonds les sommes qui reviennent à l'Inquisition, afin d'assurer l'avenir de l'œuvre» Leur requête fut admise jusqu'à concurrence de mille livres,, avec la réserve qu'il ne serait pas touché à la part de la ville. Celte précaution témoigne de peu de confiance en l'intégrité des inquisiteurs et l'on a des raisons de croire que la méfiance à leur égard était justifiée. A cette époque, les vendeurs s'étaient bel et bien emparés du temple et il leur était devenu à peu prèsimpossible de rester honnêtes alors que la persécution s'était transformée, comme nous l'avons vu au dernier chapitre, en une fructueuse spéculation. Un Franciscain ami de la vérité, Alvaro Pelayo, évêque de Silva, écrivant vers 1335, reprochait amèrement à ceux de ses frères qui faisaient fonctions d'inquisiteurs les abus dont ils se rendaient coupables avec les fonds attribués au Saint Office. Il déclarait que la division du fruit, prescrite par le pape, n'était généralement pas observée ; les inquisiteurs s'emparaient de tout, dépensaient le fruit des confiscations dans leur intérêt personnel ou en faisaient don à leurs proches. *
Le hasard a conservé, dans les archives de Florence, quelques documents qui confirment cette accusation. Il semble qu'en