RAPACITÉ DES PRINCES
4343 Clément VI obtint la preuve que les inquisiteurs de Florence et de Lucques fraudaient la Chambre pontificale du tiers des amendes et des confiscations qui lui revenait ; en conséquence, il envoya à Pietro di Vitale, primicerio de Lucques, l'ordre de recouvrer les sommes arriérées et de poursuivre les fraudeurs. La suite de l'affaire nous échappe, mais la Chambre ne parait pas en avoir tiré grand profit. En remplacement d'un des voleurs, Pietro di Aquila, Franciscain très considéré, fut nommé à Florence ; au bout de deux ans, il avait si bien adopté les mœurs de son métier qu'il était obligé de prendre la fuite, objet d'une poursuite du primicerio et d'une autre de la République, qui l'accusaient d'extorsion de fonds (1).
A Naples, sous les Angevins, lors du premier établissement de l'Inquisition, Charles d'Anjou s'assura le monopole des confiscations avec la môme rapacité que les rois de France. Dès le mois de mars 1270, il écrit à ses agents dans le Principaco Ultra qu'on a récemment brûlé à Bénévent trois hérétiques, dont il y a lieu d'examiner et d'inventorier les biens. Toute- 512 fois, en 1290, Charles II ordonna que les amendes et confiscations fussent divisées en trois parts, l'une pour le fisc royal, la seconde pour la propagation de la foi, la troisième pour l'Inquisition. Exception était faite pour les domaines féodaux, qui devaient revenir à la couronne ou à leur suzerain immédiat (2).
A Venise, la convention de 1289 entre la Seigneurie et Nicolas IV, par laquelle la République autorisait d'introduire l'Inquisition, stipulait que toutes les recettes du Saint-Office seraient dévolues à l'État; il semble que cette disposition ait été observée. Au Piémont, les confiscations furent partagées entre l'État et l'Inquisition jusqu'à ce que, dans la dernière moitié du xve siècle, Amédée IX revendiquât le tout poui le
(1) Nich. PP. IV. Bull. Habet vestrœ, 3 oct. 1200.— Rajiiald. an*. 143*, n°2i. Lami, Antichità Toscan", p. 588-9. — Alv. Pelag. ae Planrtn h'cclc.s. lib h, art. 67. — Archivio di Firenze, Riformagioni, Classe v, n° 110; Classe xi, Distinz. 1, n° 39.
(2) Archiv. di Napoli, Reg. 9, Lctt. C, fol. 90; Regist. 51, Left. A foi 9- Reg. 98, Lett. B, fol. 13; Reg 113, Lett. A, fol. 194; Mss. Chioccorelli, t. vin. '