‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 52 sur 551 · VÉNALITÉ DES TRIBUNAUX · texte numérisé non relu

VÉNALITÉ DES TRIBUNAUX

Pierre de Blois, archidiacre de Bath, n'avait probablement pas tort lorsqu'il décrivait les Ordinaires épiscopaux comme des vipères d'iniquité, surpassant en malice tous les serpents et tous les basilics, comme des bergers, non de brebis, mais de loups, entièrement voués à la malice et à la rapine (1).

La vénalité de beaucoup de cours épiscopales était une cause plus efficace encore de misère pour le peuple, et, par suite, d'hostilité à l'endroit de l'Église. Le caractère des débats juridiques et celui des avocats qui plaidaient devant ces tribunaux se reconnaît clairement à l'étude d'une réforme tentée, en 1231, par le concile de Rouen. On demandait alors aux avocats de s'obliger par serment à ne point dérober le dossier de la partie adverse, à ne pas produire des documents faux ou de faux témoignages. Les juges étaient à la hauteur du barreau. Ils ne reculaient devant aucune extorsion pour drainer jusqu'au dernier sou l'avoir des plaideurs, et quand les fraudes devenaient trop manifestes, ils se faisaient remplacer par des subordonnés qui travaillaient pour leur compte. Il arriva que l'abbaye d'Andres se prit de querelle avec la maison mère de Charroux; celle-ci fit savoir à l'abbaye qu'elle pouvait dépenser, devant n'importe quel tribunal, cent marcs d'argent contre dix de son adversaire; et, en effet, après dix ans de litiges, comprenant trois appels à Rome, l'abbaye d'Andres se trouva chargée d'une dette énorme de 1,400 livres parisis, outre que les détails de la procédure attestent la corruption la plus éhontée . La cour romaine donnait l'exemple aux autres et sa réputation à cet égard se reflète dans l'éloge accordé au pape Eugène III; on lui fait gloire d'avoir repoussé un prieur qui voulait engager une affaire devant lui par l'offre d'un marc d'or! (2)

(1) Concil. Juliobonens. ann. 1080, c. 3, 5. — Concil. Bremens. ann. 1206. — Ëadmer. Hist. Novor. lib. iv. — C«.ncil. Melfitan. ann. 1 284, c. 5. — P. Cantor. Verb. abhrev. ca .. 24, 79. — Innocent. PP. III, Rngest. X, 85; xn, 37. — Pet. Blesensis Epist. 209.

(2) Concil. Rotomng. ann. 1231, c. 48. — P. Cantor. Verb. abbrev. en p. 23. — Innocent. PP. I If, Regest. i, 376.— Chron. Andies. Monast. —Narrât. Beslaur Abbat. S. Mart. Tomacens. cap. 113, 114. — Joann. Saresberiens. Polycrat lib. v, cap. 15; cf. lib. vi, cap. 24.

Page 1