DROITS DES ÉVÊQUES
Lille (Comtat Venaissin), en 1231, ils menacèrent d'excommunication quiconque les leur disputerait. Le peu de fondement de cette prétention parait dans un arrangement conclu en décembre 1229, sous les auspices du légat Romano, entre l'évêque de Béziers et le roi; le droit du roi sur les biens confisqués y est reconnu comme incontestable et l'évêque stipule seulement qu'au cas où ces biens seraient des fiefs et où le roi les concéderait à nouveau, ils seraient soumis aux droits seigneuriaux de l'évêque ; si, par contre, le roi les gardait, l'évêque devait recevoir quelques compensations pour ses droits de suzeraineté. Ceci témoigne d'un grief, à tout prendre, légitime, car lorsque des fiefs d'hérétiques étaient acquis par la Couronne, les évoques suzerains se trouvaient lésés par suite de leur zèle a poursuivre l'hérésie.
Diverses tentatives furent faites pour mettre les intérêls d accord, dans cette question sans cesse renaissante des biens confisqués. Par une transaction datant de 1234, le roi avait pris l'engagement de se dessaisir de tous les biens confisqués a son profit dans le délai d'un an et un jour. Le concile de Béziers, en 1246, adopta un canon à cet effet, mais il n'en fut pas le nu compte et enfin, vers 1235, Saint-Louis accepta un compromis, aux termes duquel tous les territoires soumis aux évêques et confisqués devaient être divisés en deux parties égales, les évêques ayant le droit de racheter, dans le délai de deux mois, la part royale, à un prix fixé par des arbitres; si ce droit n'était pas exercé, le roi était tenu, dans le délai d'un an et un jour, de céder ces territoires à une personne de condition analogue à celle du possesseur précédent et tenue aux mêmes redevances ; mais on convint que tous les biens meubles appartiendraient à la Couronne. Une telle convention ne pouvait qu'accroître rapidement les biens temporels dépendant des évêchés. Nous avons vu que les évêques de Toulouse, antérieurement aux Croisades, vivaient dans un état de pauvreté apostolique ; au cours du siècle suivant, le pays tout entier s'appauvrit, les villes souffrirent cruellement et cependant, en 1317. lorsque Jean XXII découpa six nouveaux évêchés dans le diocèse
AFFAIRES d'ALBI 581
de Toulouse, il donna comme motif l'énormité des revenus de l'évèque, qui s'élevaient à 40,000 livres tournois par an, alors 515 que le diocèse avait déjà été privé de près de la moitié de son territoire par Boniface VIII lors de la formation du diocèse de Pamiers î (1).
Les évoques d'Albi se montrèrent particulièrement actifs et entendus dans ces saturnales du pillage. Profitant de la confusion créée par la guerre, ils usurpèrent différents droits, y compris ceux de haute justice et de confiscation, ce qui les entraîna à des disputes, qui durèrent trente ans, avec les représentants de la Couronne. Ils firent preuve d'un zèle extraordinaire dans la poursuite des hérétiques, qui leur semblait fructueuse autant qu'utile à la foi. En 1247, l'évèque Bertrand obtint d'Innocent IV des pouvoirs inquisitoriaux particuliers, sans doute pour appuyer ses revendications temporelles, et l'année suivante il fit de brillantes affaires en vendant à des condamnés et à des hérétiques repentis des commutations de peine. Ce commerce était d'un bon rapport, mais il était irrégulier; on le vit en 1253, lorsqu'Àlphonse de Poitiers, essayant de s'enrichir par la même méthode, fut arrêté net par l'archevêque de Narbonne et l'évèque de Toulouse, qui déclarèrent que ces abus scandalisaient les fidèles et menaçaient de détruire la religion, Enfin, pour en finir avec les réclamations de l'évèque touchant les biens confisqués, Saint-Louis, au mois de décembre 1264, passa une convention avec Bernard de Combret, titulaire du siège d'Albi, qui fut aussitôt confirmée par
(1) Mss. Bib. Nat., fonds lat. n° 14930, fol. 224. — Livres de Jostice et de Plet, liv. î. tit. ni, § 7. — Vaissete, m, 391. — Les Olini, î. 317. — Mss. Bib. ISat., fonds lat. n° 11847. — Concil. Insulan. ann. 1251 c. 3. — Teulet, F.ayeltes, n. 165. — Concil. Bilerrens. ann. 1246 c. 4. — Vaissete, éd. Privât, VIII. 975. — l-aluz. Concil. Narbonn. Append. p. 96-99. — Coll. Doat, XXXV. 48. Cf. Berger, Heg. k'fnnoe. IV. n> 1543-4, 1547-8. — Vaissete, iv. 170. — Baudouin, Lettres inéd. de P/iitipi'e le Bel, PmHs, 1886, p. xi.
Malgré les sentiments d'équité que manifesta généralement S. Louis, il ne fut nullement indifférent à des acquisitions justifiées par l'esprit de son époque, ('"n 1246 eut lieu une sorte de razzia dirigée contre les Juifs de Carcas-onne, qui furent jetés en p ison. Au mois de juillet, S. Louis écrit à son sénéchal qu'il veut tir^r de ces Juiis le plus d'argent possible; ils doivent, par suite, être tenus fort à l'étroit, et le roi demande « être informé de la somme qu'on peut exiger d'eux. Au mois d'août, il écrit que la somme proposée est trop faible, et le sénéchal est chargé d'extorquer autant d'argent qu'il pourra. — Vaisset\ éd. Privât, VIII, iiÇi-2.