‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 516 sur 551 · AFFAIRE DE LILLE · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE LILLE

Il est consolant de se détourner de ces horreurs pour raconter un cas qui éveilla beaucoup d'intérêt en Flandre, à une époque où l'Inquisition était devenue si peu active dans ce pays que la pratique des confiscations était presque tombée dans l'oubli. L'évêque de Tournai et le vicaire de l'Inquisition condamnèrent à Lille un certain nombre d'hérétiques, qui furent brûlés vifs. Ils confisquèrent leurs biens, réclamant les meubles pour l'Église et pour l'inquisiteur, le reste pour le fisc. Courageusement, les magistrats de Lille intervinrent, déclarant qu'une des franchises de leur ville stipulait qu'aucun bourgeois ne pouvait être privé à la fois de sa vie et de ses biens. Puis, au noms des enfants d'une des victimes, ils firent appel au pape. Les conseillers du suzerain, Philippe le Bon de Bourgogne, réclamaient pour lui l'ensemble des biens confisqués, tandis que les ecclésiastiques prétendaient ériger en règle le retour à l'Église des biens meubles du condamné. Comme cette querelle où trois parties étaient intéressées menaçait d'entraîner de longs et coûteux procès, on s'accorda pour soumettre la cause au duc lui-même. Celui-ci, avec une rare sagesse, trancha le différent en 4430, aux applaudissements de tous : il déeida que la sentence de confiscation était non avenue et que les biens des condamnés passeraient à leurs héritiers; il ajouta expressément que les droits de l'Église, de l'Inquisition, de la ville et de l'État étaient réservés sans préjudice, dans toute occurrence analogue qu'il n'y avait pas, d'ailleurs, lieu de prévoir. Mais le duc montra moins de désintéressement en 1460, lors de la £22 terrible persécution contre les sorciers d'Arras; les meubles des malheureux furent réunis au trésor épiscopal et leurs biensfonds confisqués par le fisc, malgré les réclamations de la ville, iondées sur des privilèges reconnus (1). Non seulement ces confiscations en masse infligeaient des

(1) Archives générale* de Belgique, Papiers d'État, v. 405. — Mém. de Jac:ues du Clerc 4, liv. iv. ch. 4, 14.

A Arras, une charte de 1335, confirmée par Charles V en 1360, protégeait les bourgeois contre la confiscation dans le cas d'une cond.imn <tion pour crime par un Iribuni compétent.-- Duverger, La \ auderie dans les Etais de lhi',Lpt,e le Bon, Arras, 1685, p. 60

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