RÉSISTANCE EN ITALIE
tractées par les hérétiques avant leur premier acte d'hérésie ; les obligations postérieures à ce fait, le plus souvent impossible à dater avec précision, étaient de nul effet. Gomme personne ne pouvait être sûr de l'orthodoxie de son voisin, on conçoit à quel point les transactions les plus simples se trouvaient entravées et paralysées — et cela, aune époque où l'industrie efftc commerce tendaient à reprendre essor en Europe. L'Inquisition n'a pas seulement étouffé les aspirations intellectuelles du xiue siècle : elle en a puissamment retardé les progrès matériels. C'est cela même qui contribua, avec les horreurs de la persécution elle-même, à détruire la civilisation si pleine de promesses de la France méridionale et à tranférer à l'Angleterre et aux Pays-Bas, où l'Inquisition était relativement impuissante, cette primauté commerciale et industrielle qui frayait la voie à la richesse, à la puissance et à la liberté (4).
Les intelligentes cités italiennes, à l'époque de leur prospérité naissante, ne tardèrent pas à s'inquiéter du tort que l'Inquisition leur causait. A Florence, on chercha un remède en exigeant du vendeur d'un bien-fonds qu'il donnât une garantie contre la possibilité d'une confiscation inquisitoriale ; cette garantie était, en général, fournie par un tiers, qui pouvait ce- 525 pendant, à son tour, être dépouillé pour la même cause. C'était, en somme, remplacer un mal par un autre et l'on sentit vite ce qu'une pareille situation avait d'intolérable. La République s'adressa solennellement à Martin V, lui représentant les scandales qui s'étaient déjà produits et ceux qui menaçaient de se produire encore par suite des confiscations de biens d'hérétiques opérées aux mains d'acquéreurs de bonne foi. Le pape se laissa convaincre ; par une bulle spéciale du 22 novembre 4283, il ordonna aux inquisiteurs florentins de s'abstenir de pareilles confiscations à l'avenir (2).
(1) Zanehini Tract, de Bxrct. c. xxvii. — Isamberfc, Ane. loix frann. i. 257.
Il y a toute ois un cas, datant de 12G9, ou le créancier de deux hérétiques s'adresse à Alphonse de Poitiers pour être remboursé sur Jes biens des condamnés ; Alphonse ordonne une enquête sur les circonstances du prêt. — Vaissete, éd. Privât, VUI.
(2) l.ami, Antich. Toscane, p. 593. — Archivio di Firenze, Rifor magioni, classe v, n° 110.