EMPLOI DES BIENS CONFISQUÉS
Les princes qui profitaient des confiscations reconnaissaient qu'ils avaient le devoir corrélatif de supporter les dépenses de l'inquisition; leur intérêt personnel aurait d'ailleurs suffi à les pousser à maintenir une institution d'un si bon rapport pour leur fisc. Théoriquement, il était incontestable que les évèques devaient faire les frais de la guerre à l'hérésie ; les inquisiteurs du Languedoc essayèrent d'abord d'obtenir d'eux les fonds nécessaires, demandant du moins que les pénitences pécuniaires en amendes, infligées en vue d'usages pieux, fussent consacrées à la rétribution des notaires et des commis de l'Inquisition. Mais ces efforts furent inutiles, car, comme le disait Gui Foucoix (Clément IV), les mains des évêques étaient tenaces et leurs bourses serrées. Dans l'Italie du nord et du centre, l'Inquisition, grâce aux amendes et aux confiscations, faisait largement ses frais. A Venise, l'Etat payait les dépenses et percevait les bénéfices. A Naples, les monarques angevins adoptèrent d'abord la même politique ; ils prenaient pour eux les biens confisqués, mais pourvoyaient à la subsistance des prisonniers et, en outre, payaient à chaque inquisiteur un augustal (c'est-à-dire le quart d'une once d'or) par jour pour ses dépenses personnelles, celles de son collègue, de son notaire et de ses trois familiers (avec leurs chevaux). Ces sommes étaient prélevées sur les douanes de Naples qui frappaient le 526 fer, le goudron et le sel ; les ordres de payement étaient généralement à six mois et devaient être renouvelés ; mais il y avait souvent de grands délais et les inquisiteurs ne s'en plaignirent pas sans motif, bien que les fonctionnaires royaux fussent menacés d'amende en cas de retard. Je trouve cependant, en 1272, une lettre adressée à l'inquisiteur Frà Matteo di Castellamare, qui lui attribue le salaire d'une année entière, payable six mois à l'avance. Quand Charles II, en 1290, institua, suivant les ordres du pape, le partage des dépouilles, il n'en continua pas moins à contribuer aux dépenses, bien que dans une mesure un peu réduite. Par des lettres du 16 mai 1294, il prescrit de payer à Frà Bartolomeo di Aquila la somme de quatre taren' (un trentième d'une once d'or) par jour et le