NÉGLIGENCE DE LA PRÉDICATION
23 Une autre sorte d'oppression s'inspirait de motifs plus élevés et donnait des résultats meilleurs, mais n'en pesait pas moins d'un poids effrayant sur la masse du peuple. C'est vers cette époque que l'usage s'introduisit de construire des églises et des abbayes magnifiques, ornées de vitraux et des décorations les plus somptueuses. Ces édifices étaient, sans doute, l'expression d'une foi ardente, mais ils étaient encore plus la manifestation de l'orgueil des prélats qui présidaient à leur construction. Dans notre admiration de ces monuments illustres, nous ne devons pas oublier les terribles efforts et les souffrances qu'ils ont imposés aux serfs et aux paysans. Pierre Cantor affirme qu'on les édifiait au prix d'exactions sur les pauvres, avec les bénéfices odieux de l'usure, à l'aide des mensonges et des fraudes pratiqués par les quaestuarii ou vendeurs d'indulgences; il ajoute que les grandes sommes ainsi dépensées l'auraient été plus utilement à racheter des captifs et à secourir les misérables (1).
Il n'y avait guère lieu d'espérer que des prélats du genre de ceux qui occupaient alors les sièges de l'Église se consacrassent aux véritables devoirs de leur fonction. Au premier rang de ces devoirs était la prédication, la diffusion parmi les fidèles des "enseignements de la foi et de la morale. En vérité, l'office du prédicateur était surtout une fonction épiscopale; l'évêque était le seul homme du diocèse autorisé à l'exercer; le prêtre de paroisse ne recevait pas l'éducation nécessaire et les règlements ne lui permettaient pas de prêcher sans une permission spéciale de son supérieur. Mais les prélats turbulents et belliqueux de cette époque pensaient à toute autre chose et n'étaient, d'ailleurs, nullement aptes à la prédication. En 1031. le concile de Limoges exprima le désir que l'on prêchât au peuple non seulement dans l'église épiscopale, mais dans d'autres églises, quand la volonté de Dieu inspirerait, pour cette tâche, un docteur compétent. Mais l'Église resta inactive jusqu'à ce que la diffusion de l'hérésie lui fit reconnaître l'impru-
(1) P. Cantor. Verb. abbrev. cap. 86.