LUXE DES INQUISITEURS
payer aux inquisiteurs dix sols par jour sur le produit des confiscations. On peut croire que le comte Raymond contribua sans enthousiasme à l'entretien d'une institution à laquelle il avait fait obstacle tant qu'il avait osé lutter pour le salut de ses sujets; mais quand, en 1249, Jeanne et Alphonse de Poitiers lui succédèrent, ce dernier prince, avide et astucieux, trouva son compte à stimuler le zèle de ceux qui l'enrichissaient de leurs spoliations. Non seulement il paya les dépenses des tribunaux fixes, mais il ordonna à ses sénéchaux de pourvoir aux besoins des inquisiteurs et de leurs familiers dans leurs courses à travers ses domaines. Sa sollicitude s'étendait jusqu'aux détails. En 1268, Guillem de Montreuil, inquisiteur de Toulouse, l'informe de l'engagement d'un notaire à six deniers par jour et d'un serviteur à quatre deniers par jour; Alphonse ordonne que ces salaires soient payés en son nom. Charles d'Anjou, non moins cupide, trouvait le temps, parmi ses nombreuses distractions en Italie, de veiller à ce que ses sénéchaux de Provence et de Forcalquier contribuassent à la dépense de l'Inquisition d'après les mômes principes dont s'inspirait le roi dans ses domaines royaux (1).
Quelque profit que tirât le fisc de l'industrie des inquisiteurs, ceux-ci étaient parfois portés à s'en faire une idée trop haute et à engager des dépenses qui semblaient excessives à ceux 528 auxquels revenait l'honneur de payer. Dès 1242 et 1244, alors que les princes n'avaient pas encore fait de provisions pour le Saint-Office, alors que les évèques revendiquaient encore énergiquement les amendes, le luxe et l'extravagance de certains inquisiteurs leur attirèrent le blâme de leur propre Ordre, comme on le vit aux chapitres provinciaux tenus par les Dominicains à Montpellier et à Avignon. Assurément il était injuste
(I) Concil. Tolosan. ann. 1229 c. 9. — Concil. Albiens. ann. 125* c 2i. — Pardun. vu. 415. — Areh. de VEv. de B^zicrs (l)oat, \<xi, 3i). — Concil. Biterrens, ann 1240 c. 22. — D. Bouquet, T. XXI. p. 202, 204, 200, 278, etc. — Va:ssete. e.i. Privât, VIII. 1200, 1573. — Areh. de Cinq, de Carcass. (I)oat, xxxi. 250.) — Archici> d% A a oit, Regist. 20, lett. B, fol. 91.
Le soin avec lequel Alphonse réclamait les produits des con"scations p irait dans une lettre de lui a son sénéchal, Jacques de Bois, auquel il demande des comptes (25 mars 1208, Vassete, éd. Privât, VIII, 1274.)
DÉPENSES DE L'iNQUISITION 595
d'englober tous les inquisiteurs dans les mêmes reproches; mais il est certain que beaucoup d'entre eux les méritèrent et qu'ils avaient quantité de moyens, légitimes ou non, pour se procurer de l'argent. On voudrait savoir, par exemple, comment Bernard de Caux, qui présida jusqu'à sa mort (4252) le tribunal de Toulouse et qui, en sa qualité de Dominicain, ne pouvait avoir de fortune personnelle, trouva moyen d'être un grand bienfaiteur du couvent d'Agen, fondé en 1249. Alphonse de Poitiers lui-même finit par se lasser des exigences de ceux qui pourtant servaient si bien son avidité. Dans une lettre confidentielle de 1268, il se plaint des énormes dépenses faites par les inquisiteurs de Toulouse, Pons de Poyet et Etienne de Gâtine ; son agent devait essayer de les persuader d'aller à Lavaur, où Ton espérait qu'ils seraient moins extravagants. Alphonse offrait de mettre à leur disposition le château de Lavaur, ou tout autre qui semblerait propre à servir de prison en même temps; le rusé prince leur écrivait directement, expliquant qu'afin de leur permettre d'étendre leurs opérations il était prêt à les mettre en possession d'un vaste château (1). Des indications très curieuses sur les dépenses de l'Inquisition, de la Saint-Jean de 1322 à celle de 1323, nous sont fournies par les comptes d'Arnaud Assalit, procureur des encours de Carcassonne et de Béziers, qui sont heureusement venus jusqu'à nous. Sur le produit des confiscations, le procureur payait toutes les dépenses de l'Inquisition, — entretien des prisonniers, recherche des témoins, poursuite des fugitifs, frais d'auto da /e,y compris les banquets pour l'assemblée des experts et le drap de couleur safran pour les croix des pénitents. Nous apprenons par là que le salaire de l'inquisiteur s'élevait à 529 150 livres par an et qu'il était très irrégulièrement payé. Le Frère Otbert, nommé au carême de 1316, n'avait encore rien touché en 1322; mais alors, à la suite d'une lettre du roi Charles le Bel, on lui paya en bloc son salaire de six années,
(i) Molinier, Ulnqms. dans le Midi, p. 308. — Bern. Guidon. Fundaf. nonvent. 1 rœdirat. ^Martène, Thés. vi. 481.) — Boutaric, S. Louis et Alphonse de Foiùers, p. 456-7.