APPEL A TA CLÉMENCE
L'inquisiteur Pegna ne fait pas difficulté d'admettre que cet appel à la clémence était purement formel et il explique qu'on y avait seulement recours afin que les inquisiteurs ne parussent point consentir àl'efïusion du sang, ce qui eût constitué une « irrégularité » canonique. L'Eglise veillait, d'ailleurs, à ce que la nature de sa requête ne fût pas interprétée à contre- 535 sens. Elle enseignait que toute pitié était déplacée, à moins que l'hérétique ne se convertit et ne témoignât de sa sincérité en dénonçant tous ses complices. La logique impitoyable de S. Thomas d'Aquin établit avec évidence que l'autorité séculière ne pouvait se soustraire au devoir de mettre à mort les hérétiques et qu'il fallait la tendresse sans bornes de l'Église pour qu'elle avertit deux fois les criminels avant de les livreràun juste châtiment. Les inquisiteurs eux-mêmes n'éprouvaient pas de . scrupulesà cet égard etne cessèrent d'enseigner qu'un hérétique condamné par eux devait être mis à mort. Ils en témoignaient,d'ailleurs, en prenant la précaution de ne pas prononcer leurs sentences dans l'enceinte d'une église — qu'une condamnation à mort eût profanée — mais sur la place publique, où se passait le dernier acte de Y auto de fé. Un de leurs docteurs du xiue siècle, copié par Bernard Gui au xive, argumente ainsi : « Le but de l'Inquisition est la destruction de l'hérésie. Or, l'hérésie ne peut être détruite sans que les hérétiques le soient ; les hérétiques ne peuvent être détruits sans que les défenseurs et fauteurs de l'hérésie le soient aussi, et cela peut s'opérer de deux manières : par leur conversion à la vraie foi catholique ou par l'incinération charnelle après abandon au bras séculier. » Au siècle suivant, Fray Alonso de Spina observe qu'ils ne doivent pas être condamnés à l'extermination sans deux avertissements, à moins, ajoute-t-il, qu'ils ne menacent de troubler l'Église, auquel cas ils doivent être supprimés sans délai ni examen.
Direct. Inquis p. 510-12. — La débita animadwsio est clairement définie par Angiolo da Chiavasso (•*• 1485) : Ista animadversio est vœna iynis de cons eiudine, Hcet de jure sit vœna mortis (Summa angelica, s. v. H ère tic us, § 16). — Bernardo di Como en dit autant : Pœna animadver&ionis est pœna quse ev nit ànanam a corpore (Lucerna Inquis. s. v. Executio, n° 4). L'Eglise ne s'est jamais fait illusion à cet égard.