‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 54 sur 551 · VENTE DES BÉNÉFICES · texte numérisé non relu

VENTE DES BÉNÉFICES

dence qu'elle commettait en négligeant une source si efficace d'influence. En 1209, le concile d'Avignon ordonna aux évêques de prêcher plus souvent et plus diligemment que par le passé; 24 quand l'occasion s'en offrait, il fallait confier la tâche à quelques personnes « honnêtes et discrètes. » En 1215, le grand concile de Latran admit que les évêques, surchargés de besognes pressantes, n'avaient pas le loisir de prêcher souvent euxmêmes; il demanda qu'ils trouvassent et payassent de leurs deniers des hommes ayant pour fonction de visiter les paroisses et d'édifier le peuple tant par la parole que par l'exemple. De pareilles exhortations ne produisirent que peu d'effet; le champ de la prédication se trouva presque abandonné aux hérétiques, jusqu'à ce que les Frères Prêcheurs commençassent leur œuvre, au grand mécontentement des évêques.

L'inquisiteur troubadour Izarn n'hésite pas à déclarer que l'Inquisition ne se serait jamais répandue s'il y avait eu de bons prédicateurs pour s'y opposer et que, sans les Dominicains, on n'en serait jamais venu à bout (1).

La partie inférieure du clergé ne pouvait guère avoir plus de valeur morale que l'épiscopat. Les bénéfices étaient pour la plupart à la disposition des évêques, bien que la collation de beaucoup d'autres dépendit des seigneurs laïques; certains corps religieux possédaient des droits particuliers de patronage et bon nombre d'entre eux comblaient, par voie de cooptation, les vides qui venaient à se produire. Cependant, quel que fût le pouvoir dont dépendait la collation, les résultats étaient, dans la pratique, à peu près les mêmes. Tout le monde se plaint, à cette époque, que les bénéfices sont ouvertement vendus ou donnés par faveur, sans enquête sur les qualités ou les aptitudes de l'impétrant. Saint Bernard lui-même, en 1151, sollicitait une prévôté pour un jeune homme sans valeur, qui était le neveu de son ami l'évêque d'Auxerre; à la réflexion, il éprouva des scrupules et retira sa demande, ce qu'il put faire

(1) Concil. Lemovicens. ann. 1031. — Concil. Avenoniens. ann. 1209, c. 1. — Conc''l. Lateranens. ano 1215, c. 10. — Millot, Hist. litt. des Troubadours, ii, 61

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