‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 533 sur 551 · RÉSISTANCES SÉCULIÈRES · texte numérisé non relu

RÉSISTANCES SÉCULIÈRES

communautés fussent mises en interdit. En 1458, à Strasbourg, le bourgmestre, Hans Drachenfels, et ses collègues refusèrent d'abord de faire brûler le missionnaire hussite Frédéric Reiser et sa servante Anna Weiler; mais l'Église eut raison de leur résistance et les contraignit à exécuter la sentence. Trente ans après, en 1486, les magistrats de Brescia refusaient de brûler certains sorciers des deux sexes condamnés par l'Inquisition, à moins qu'on ne les autorisât à examiner la procédure. Cette demande si honorable fut considérée comme un acte de rébellion. Des jurisconsultes civils avaient, à la vérité, essayé de prouver que les autorités séculières étaient en droit de voir les dossiers, mais les inquisiteurs avaient réussi à faire écarter cette prétention. Innocent VIII se hâta de déclarer que celle des magistrats de Brescia était injurieuse pour la foi et ordonna qu'ils fussent excommuniés si, dans le délai de six jours, ils n'exécutaient pas les condamnés, toute loi municipale contraire étant déclarée nulle et sans effet. Une lutte plus grave se produisit en 1521, lorsque l'Inquisition s'efforçait de purger les diocèses de Brescia et de Bergame des sorcières qui étaiei t censées les infecter. L'inquisiteur et les Ordinaires épiscopaux procédaient vigoureusement contre ces malheureuses ; mais la seigneurie de Venise s'interposa et en appela à Léon X, qui chargea son nonce à Venise de reviser les procès. Ce dernier délégua ses pouvoirs à l'évèque de Justinopolis qui, accompagné de l'inquisiteur et des Ordinaires, se rendit à la Valcamonica de Brescia, où les prétendues hérétiques étaient en nombre et en condamna plusieurs à être remises au bras séculier. Mécontent de ces procédés, le Sénat de Venise défendit au gouverneur de Brescia d'exécuter ces sentences, ni de permettre qu'elles fussent exécutées, ni de payer les frais des procédures ; il devait envoyer le dossier à Venise et obliger l'évèque de Justinopolis de comparaître devant le Sénat, ce qui eut lieu. L'indignation du pape ne connut plusde bornes. Il assura énergiquement à l'inquisiteur et aux officiers épiscopaux qu'ils avaient pleine et entière 540 juridiction sur les coupables, que leurs sentences devaient être exécutées sans revision ni examen ultérieur et qu'ils étaient

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autorisés à faire valoir leurs droits par un libre usage des censures ecclésiastiques. Mais l'esprit de l'époque penchait vers l'indiscipline et Venise s'était toujours montrée indocile à l'égard du Saint-Office. Nous verrons plus loin comment le Conseil des Dix maintint obstinément sa thèse et affirma la supériorité de sa juridiction avec une audace jusque-là sans exemple (1).

Ce que nous avons dit permet de juger à sa valeur cette assertion du plus récent historien catholique de l'Inquisition : « L'Église ne prit aucune part dans le châtiment corporel des hérétiques. Ceux qui périrent misérablement furent simplement punis pour leurs crimes, condamnés par des juges investis de la juridiction royale. L'histoire a conservé le souvenir des excès commis par les hérétiques de Bulgarie, par les Gnostiques et les Manichéens, et la peine capitale fut seulement infligée à des criminels qui avouaient des vols, des assassinats et des violences. Les Albigeois furent traités avec une égale indulgence...; l'Eglise catholique déplora tous les actesde vengeance, quelque forte que fût la provocation lancée par ces foules factieuses. »

Voilà comment on écrit l'histoire par ordre. En réalité, l'Église était si acharnée à faire brûler les hérétiques qu'au concile de Constance, le 18e article d'hérésie imputé à Jean Huss porta il que, dans son traité De Ecclesia, il avait enseigné qu'aucun hérétique ne devait être abandonné au bras séculier pour être puni de mort. Huss lui-même, dans sa défense, admet qu'un hérétique qui ne pouvait être ramené par la doucejar devait souffrir une peine corporelle; et quand on donna lecture d'un passage de son livre où ceux qui abandonnent un hérétique qui nie au bras séculier sont comparés aux scribes et aux Pharisiens qui livrèrent Jésus à Pilate, l'auguste assemblée éclata en protestations, au milieu desquelles on entendit le

(1) Vaisseîe, m. 410. — Wadding. Annal, ann. 1283, n°xix. — Hoffmann, G*sch.

der'/nqu sition, h. 301. — Bern. Corn. Luc. Inq s. v. Kxecmi\ n° 6. — Innoc. PP. VIII. Bull DU' et s filins, 1486 (Pegnae App. ' d Eymeric. p. 84V —Léo PP. X. Huit, flnuesii*, 1521 (Mag. Bail. Rom. i, 617). — Albizio, Bi^posto al P. Paolo SurÀ i. p. 64-70.

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