CONSENTEMENT UNIVERSEL
cardinal Pierre d'Àilly s'écrier : « A la vérité, ceux qui ont 541 rédigé ces articles ont été très modérés, car les écrits de cet homme sont abominables! » (1).
L'enseignement continu de l'Eglise avait profondément convaincu les meilleurs de ses membres que l'acte de brûler un hérétique était d'une justice évidente et qu'une réclamation en faveur de la tolérance était la plus damnable des hérésies. Même le chancelier Gerson ne voyait pas qu'il y eût un autre parti à prendre vis-à-vis de ceux qui adhéraient obstinément à l'erreur, fût-ce en des matières qui, aujourd'hui, ne sont pas articles de foi (2). Le fait est que non seulement l'Église définit la culpabilité et força le châtiment, mais qu'elle créa le crime lui-même. Comme nous le verrons, sous Nicolas IV et Célestin Y, les Franciscains stricts étaient évidemment orthodoxes ; mais lorsque Jean XXII eut stigmatisé comme hérétique la croyance que le Christ avait vécu dans l'absolue pauvreté, il transforma les Franciscains en ennemis que les fonctionnaires séculiers étaient contraints d'envoyer au bûcher, sous peine d'être traités eux-mêmes en hérétiques.
Ainsi, sur la nécessité de brûler les hérétiques il y avait consentement universel; ce consentement était le fruit de l'éducation donnée par l'Église aux générations du moyen âge. Etait hérétique quiconque confessait une croyance hérétique, la défendait et refusait de la rétracter. A cet homme, obstiné et impénitent, l'horrible supplice du feu convenait seul. Mais l'inquisiteur ne cherchait pas à précipiter les choses. Abstraction faite du salut possible d'une âme, un converti qui dénonçait ses complices était plus utile à l'Eglise qu'un cadavre rôti ; aussi ne ménageait-on pas les efforts pour obtenir une rétractation. L'expérience avait montré que les zélotes avaient souvent la soif du martyre et désiraient être brûlés promptement; i'in-
(1) Rodrigo, Histo ia Verdndera de Id Inquisition , Madrid, 1876, i. 1 7 ( > — 7 7 . [Il ne faut pas croire que «le pareilles choses s'impriment seulement en 1 spagne. M. l'abbé Douais, que le gouvernement 'rançais a ait évêqne en 189), écriva't en 1881 (Rev. de* q 'est. histor., t. xxx, p. 400) : « Oui, vraiment, l'Eglise, en lace des hérétiques, eut toujours le souci de la justice et de la charité! » fradA — Von der Hardt, iv. 317-18."
(2) Von der llardt, ni, 50-1.