EXEMPLES D'INDULGENCE RELATIVE
une affaire embarrassante pour l'Église. Gomme toujours, on résolut d'abord la difficulté en laissant les choses à la discrétion des inquisiteurs. En réponse aux questions du Saint Office lombard, le cardinal d'Albano, vers 4245, dit aux inquisiteurs de prescrire les peines qui leur sembleraient convenables. En 1248, Bernard de Gaux posa la même question à l'archevêque de Narbonne ; il lui fut répondu que, d'après les instructions apostoliques, ceux qui revenaient une seconde fois à l'Eglise, en toute humilité et obéissance, pouvaient en être quittes pour la prison perpétuelle, mais que les rebelles devaient être livrés au bras séculier. Dans la pratique, ce fut tantôt la rigueur, tantôt l'indulgence qui l'emporta; mais il est consolant de pouvoir dire que, dans la grande majorité des cas, les inquisiteurs penchaient vers la clémence. Même un inquisiteur aussi zélé que Bernard de Gaux n'abusa pas de la latitude qui leur était accordée à cet égard. Dans un registre de sentences de 4246 à 4248, il y a soixante cas de relaps, dont aucun n'est puni plus sévèrement que par la prison ; pour quelques-uns, ce n'est même pas la prison perpétuelle. La même indulgence relative s'observe dans les sentences rendues pendant les dix années qui suivirent, tant par Bernard que par d'autres inquisiteurs. Toutefois, avec une seule exception, les manuels de procédure qui datent de cette époque enseignent que le relaps doit toujours être livré au bras séculier, et cela, sans avoir 545 même été entendu. L'exception que nous signalons est celle d'un compilateur d'après lequel le relaps est tantôt punissable de la prison perpétuelle, tantôt du bûcher. L'usurier relaps subissait la peine la plus légère. Le fait est qu'en Languedoc, sous le régime créé par le Traité de Paris, le serment d'abjuration était déféré tous les deux ans à tous les hommes âgés de Iplus de quatorze ans et à toutes les filles ou femmes âgées de plus de douze ; tout acte subséquent d'hérésie était donc, à proprement parler, une rechute. C'est peut-être ce qui explique les hésitations des inquisiteurs de Toulouse (4). Il n'était évidem-
(1) Arch. de l'Inq. de Carcass. (Doat, XXXI. 5. 139, 149) — Mss. Bib. Nat. fonds lat., n° 9992. — Martène, Thés. i. 1045. — Vaissete, m. Pr. 479. — Moli-