‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 538 sur 551 · BRUTALITE DES SÉCULIERS · texte numérisé non relu

BRUTALITE DES SÉCULIERS

ment pas possible de brûler, sans les entendre, tous ceux qui, pour la première fois, étaient suspectés d'hérésie!

Jean de Saint-Pierre, collègue, puis successeur de Bernard de Gaux, suivit son exemple en condamnant toujours les relaps à la prison. Quand, après la mort de Bernard, en 4252, Frère Renaud de Chartres se joignit à Jean, la même règle continua d'être observée. Frère Renaud s'aperçut toutefois avec horreur que les juges séculiers ne tenaient pas compte de la sentence adoucie et brûlaient sans pitié les malheureuses victimes; ils avaient déjà agi de la sorte sous ses prédécesseurs. Les autorités civiles alléguèrent, pour se justifier, que l'on n'arriverait pas autrement à purger le pays des hérétiques et que l'indulgence favoriserait la renaissance de l'hérésie. Renaud comprit qu'il ne pouvait pas, comme ses prédécesseurs, fermer les yeux sur ces cruautés. Il s'adressa donc à Alphonse de Poitiers, l'avertissant qu'il se proposait de soumettre l'affaire au pape et qu'en attendant la réponse de Rome il protégerait ses 546 prisonniers contre la brutale violence des fonctionnaires séculiers (1).

La réponse du pape ne nous est pas parvenue, mais il y a tout lieu de croire que le pontife approuvait la barbarie des fonctionnaires d'Alphonse plutôt que la mansuétude de Renaud. C'est vers cette époque, en effet, que Rome prescrivit nettement l'abandon de tous les relaps au bras séculier. Je n'ai pu découvrir la date exacte de cette décision. En 1254, dans un cas très grave de double relapse à Milan, Innocent IV se contente d'ordonner une destruction de maisons et des pénitences publiques ; mais, dès 1258, l'abandon des relaps au bras séculier est mentionné par Alexandre IV comme une pratique irrévocablement fixée — peut-être à la suite même de la consultation de Renaud. La féroce décision de Rome semble avoir surpris les inquisiteurs

nier, Vlnq. dans le Midi de la Finance, p. 387-8, 418. — Anon. Passariens. (Mag. Bib. Pat. XIII. 308.) — Tract, de Paup. de Lugd. (Martène, Thés. V, 1791.) — Doctrina de modo procedendi (ib. V. 1807). — Practica super Inquisit. (Mss. Bib. Nat., fonds lat., n» 14930, fol. 206, 212, 213, 222, 223.) — Concil. biterreni. ann. 1246, App. c. 33.

(1) Boutaric, Saint Louis et Alphonse de Poitiers, p. 453-4.

Page 1