‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 539 sur 551 · DÉCISION CRUELLE DU SAINT-SIEGE · texte numérisé non relu

DÉCISION CRUELLE DU SAINT-SIEGE

qui, pendant plusieurs années, ne cessèrent de demander au Saint-Siège comment elle pouvait se concilier avec la maxime universellement admise que l'Église ne refuse jamais de recevoir dans son giron ses enfants égarés. A cela on répondait, avec une hypocrisie caractéristique, que l'Église n'était nullement fermée aux relaps qui se repentaient, car ils pouvaient recevoir les sacrements, même sur le bûcher, — mais qu'ils ne devaient pas, pour cela, échapper à la mort. Ainsi motivée, la décision pontificale fut incorporée dans la loi canonique et forma un article de la doctrine orthodoxe dans la Somme de saint Thomas d'Aquin. En pareil cas, la promesse des sacrements était souvent formulée dans la sentence même et la victime était toujours accompagnée jusqu'au bûcher par de saintes gens qui s'efforçaient de sauver son âme. On conseille, d'ailleurs, à l'inquisiteur de ne pas manifester son zèle de cette manière, car on redoute, non sans raison, que sa vue n'endurcisse les cœurs au lieu de les attendrir (4).

Bien que la discrétion des inquisiteurs continuât à s'exercer en ces matières et qu'ils n'envoyassent pas tous les relaps au bûcher, il n'en est pas moins certain que le crime vrai ou supposé de rechute ne soit devenu, dès lors, la cause la plus fréquente des exécutions. Les hérétiques assoiffés de martyre étaient relativement rares, mais il y avait beaucoup d'âmes faibles qui ne pouvaient renoncer en conscience aux erreurs 547 qu'elles avaient une fois chéries et qui espéraient vainement,après avoir échappé une fois à la mort, pouvoir cacher plus aisément leur faute (2). Tout cela donna une importance nouvelle à la définition légale du crime de relapse et provoqua mille controverses et subtilités. Il devint nécessaire de déterminer avec quelque précision, alors que le coupable ne pouvait même pas se faire entendre, le degré de culpabilité inhérente au premier crime et au second, dont la somme justifiait la condamnation

(1) Ripoll I. 254. — C. 4 Sexto v. 2. — Potthast n» 17845. — S. Thom. Aquin. Sec. Sec. Q. xi. Art. 4. — Eymeric Direct. Inquis. p. 331, 512. — Lib. Sent. Inq. Tolos. p. 36. — Zanchini Tract, de Has^et. c. xvi.

2) Lib. Sent. laq. Tolos, p. 2-4, 22, 48, 63, 76, 81-90, 122, 442, 149, 150, 198-7, S30, 232, 237-8.

Page 1