OZZ EXECUTION DE JEAN HUSS
fagots mêlés de paille furent entassés autour de lui jusqu'à la hauteur de son menton. Alors le comte palatin Louis, qui surveillait l'exécution, s'approcha avec le maréchal de Constance et somma Huss une dernière fois de se rétracter. Sur son refus, ils se retirèrent et battirent des mains — signal pour les exécuteurs chargés d'allumer le bûcher. Quand le feu eût tout consumé, on procéda à la besogne révoltante qui consistait à détruire entièrement le corps carbonisé; on le déchira en morceaux, on brisa les os, on jeta les fragments et les viscères dans un second feu de bûches. — Lorsqu'on pouvait craindre que les assistants ne conservassent des reliques du martyr, comme dans les cas d'Arnaud de Brescia, de quelques Franciscains 553 Spirituels, de Huss, de Savonarole, on prenait grand soin, après l'extinction du feu, de recueillir les cendres et de les jeter dans l'eau courante (1).
11 y a quelque chose de grotesque et d'horrible dans le contraste entre cette exhibition finale de la méchanceté humaine et le froid calcul des dépenses qu'elle entraînait pour le pouvoir séculier. Dans les comptes d'Arnaud Assalit, nous trouvons le détail des frais de la crémation de quatre hérétiques à Carcassonne, le 24 avril 1323. Le voici :
Pour des gros bois 55 sols 6 deniers.
Pour des sarments 21 — 3 —
Pour de la paille . 2 — 6 —
Pour quatre poteaux 10 — 9 —
Pour des cordes 4 — 7 —
Pour l'exécuteur, à 20 sols par tête. . . 80 —
Total 8 livres 14 sols 7 deniers.
Soit un peu plus de deux livres par hérétique brûlé (2).
Lorsque l'hérétique avait frustré ses bourreaux en mourant et que l'on prescrivait de déterrer son corps ou ses ossements et de les brûler, la cérémonie était naturellement moins émouvante, mais on ne négligeait rien pour la rendre terrible. Dès
(i) Mladenowic Narrât. (Palacky, Monument. J. Huss, h. p. 321-4.) — Landucci, Diar. Fiorent. p. 178.
(2) Coll. Doat, XXXIV. 189.