‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 549 sur 551 · VAINES CONDAMNATIONS DES LIVRES JUIFS · texte numérisé non relu

VAINES CONDAMNATIONS DES LIVRES JUIFS

traction de cette littérature juive. Ainsi, dans sa collection de formules, on en trouve une qui prescrit à tous les prêtres de publier, trois dimanches de suite, l'injonction de remettre à l'Inquisition tous les livres juifs, y compris les « Talamuz », sous peine d'excommunication. La guerre contre ce livre détesté continua. L'année d'après, en 1320, Jean XXII ordonna d'en saisir et d'en brûler tous les exemplaires. En 1409, Alexandre V cessa un instant de fulminer contre les papes, ses rivaux, pour réitérer la même injonction. On connaît la lutte que le Talmud provoqua lors de la Renaissance des lettres, avec Pfefferkorn et Reuchlin comme champions : malgré tous les efforts des huma" nistes, la destruction du Talmud fut décidée. En 1554 encore, Jules III renouvella l'ordre de l'Inquisition ; les Juifs sont sommés, sous peine de mort, de livrer tous leurs livres où le Christ est blasphémé, prescription qui fut incorporée dans la loi canonique et y subsiste jusqu'à ce jour. La censure de l'Inquisition ne se bornait pas à combattre les erreurs juives; mais son activité dans d'autres domaines littéraires sera plus convenablement étudiée ailleurs (1).

557 Pendant que le lecteur a encore présente à l'esprit la procédure de l'Inquisition, il n'est pas inutile de jeter un coup d'œil sur quelques effets résultant de sa manière d'agir envers ceux qu'elle jugeait, qu'elle condamnait ou qu'elle acquittait. Sur l'Église, les méthodes inventées ou préconisées par Hn-

(i) Sozomen. H. E. h. 20. — Cou st. vi; xvi. § i. Cod. i. 5. — Auth. Novell, cxlvi, ci. — Concil. Toletan. xn, ann. 681, cap. ix. — Rigorcl. de Gest. Phil. Auy. ann. 1210. — Pétri Venerab. Tract, co-itra Judxov c. iv. — D'Argentré, Collect. Judicior. de nov. Erroribus I. i. 13-2, 146-56, 349. — Potthast n»9 10759, 10767, H376. — Kipoll, i. 487-88. — Pelayo, Heterodoxos Esuanoles, i. 509. — Coll. Doat, xxxtii. 125, 246. — Harduin. Concil. vu. 485.— S. Martial. Chron. ann. 1309 (Bouquet, xxi. 813). — Lib. Sentent. Inq. Tolos. p. 273-4. — Bern. Guidon. Practica (Doat, xxix. 246). — Raynald. ann. 1320, n» 23. — Wadding. ann. 1409, n° 12. — C. i in Septimo v. 4.

Dans la condamnation de Paris, eu 1248, le Talmud seul est spécifié, bien que le rapport mentionne la commentaire de Salomon de Troyes et un ouvrage qui parait être le Toldos Jesehu, cette histoire du Christ qui excita si vivement la colère du chartreux Ramon Marti, dans son Pugio Fidei, comme celle dos écrivains chrétiens postérieurs (cf. Wagenseil, Tela Ignea Satanx, Altdorf, 1681). Personne ne peut lire cette singulière histoire de Jésus, écrite au point de vue juif, sans *e demander avec surprise commont un seul exemplaire d'un pareil libelle a pu venir jusqu'à nous.

INFLUENCE DE L'INQUISITION SUR i/ÉGLISE 627

quisitioii exercèrent une influence néfaste. Les tribunaux ecclésiastiques ordinaires les employèrent à l'égard des hérétiques et en trouvèrent bientôt la violence et l'arbitraire trop efficaces pour ne pas les étendre à d'autres matières rentrant dans leur juridiction. Dès 1317, Bernard Gui parle de la torture comme d'un usage courant devant les tribunaux spirituels et, protestant contre les restrictions des Clémentines, il demande pourquoi les droits des évêques seraient limités dans l'emploi de la tor ture contre les hérétiques, alors qu'ils peuvent en user librement envers d'autres accusés (1).

Ainsi habituée à une procédure impitoyable, l'Église devint de plus en plus dure et cruelle — de moins en moins chrétienne. Les plus mauvais papes duxue et du xiir? siècle n'auraient pas osé scandaliser le monde par une exhibition comme celle où Jean XXII laissa éclater sa haine pour Hugues Gerold, évêque de Cahors. Jean était le fils d'un humble ouvrier de cette ville et il est possible qu'il ait nourri contre Hugues une vieille rancune. Ce qui est certain c'est que, devenu pape, il ne perdit pas un instant et'se tourna avec rage contre son ennemi. Le 4 mai 1317, le malheureux prélat fut solennellement dégradé à Avignon et condamné à la prison perpétuelle. Mais cela ne suffisait pas. Sous prétexte qu'il aurait conspiré contre la vie du pape, Hugues fut livré au bras séculier et, au mois de juillet de la même année, il fut écorché vif, traîné dans cet état au bûcher et livré aux flammes (2).

Les choses allèrent si loin et les habitudes de violences bestiales devinrent telles qu'on vit des prélats, occupant les situations les plus hautes, vider leurs différends avec une férocité sauvage qui aurait fait honte à une bande de boucaniers. En 1385, six cardinaux furent accusés de conspirer contre Urbain VI; le pontife, furieux, les fit saisir à leur sortie du Consistoire et jeter dans une citerne abandonnée du château de Nocera, où il 558 résidait; cette citerne était si étroite que le cardinal di Sangro,

(1) Bern. Guidon. Gravamina (Doat, xxx. 101).

(2) Extrav. Commun, lib. t. Tit. vin. cl. — Amalrici Augerii Vil, Pontif. aun, 1316-17. — Bern. Guidon. Vit. Joann. xxn.

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