FÉROCITÉ D'URBAIN VI
grand et corpulent, ne pouvait même pas s'y étendre. On appliqua à ces infortunés les méthodes mises en honneur par rinquisition. Tourmentés par la faim, par le froid, par la vermine, ils étaient sollicités par les gens du pape, qui leur promettaient la grâce pour prix de leurs aveux. Sur leur refus, on soumit à la torture l'évêque d'Aquila et on lui extorqua une confession qui accusait les autres. Ceux-ci, ne voulant point s'avouer coupables, furent torturés à leur tour les jours suivants. Tout ce qu'on put obtenir du cardinal di Sangro, fut l'aveu désespéré qu'il soufîrait justement, en punition des maux qu'il avait infligés, sur l'ordre du pape Urbain, à des archevêques, des évoques et d'autres prélats. Quand ce fut le tour du cardinal de Venise, Urbain confia la besogne à un ancien pirate, qu'il avait nommé Prieur de l'Ordre de Saint-Jean en Sicile, avec ordre d'appliquer la torture à la victime jusqu'à ce que le pape entendit ses hurlements. Le supplice dura depuis le matin jusqu'à l'heure du dîner; pendant ce temps, le pape se promenait dans le jardin, sous la fenêtre de la chambre de torture, lisant son bréviaire à haute voix, cfè manière que le son de sa voix rappelât à l'exécuteur les instructions qu'il lui avait données. Mais c'est en vain que le pirate eut recours à l'estrapade et au chevalet; bien que la victime fût âgée el malade, on ne put lui arracher que ce seul cri : « Chris! a souffert pour nous ! » Les accusés furent gardés dans leur immonde prison jusqu'à ce qu'Urbain, assiégé dans Nocera par Charles de Durazzo, réussit à s'échapper avec ses victimes. Au cours de leur fuite, l'évêque d'Aquila, affaibli par la torture et monté sur un mauvais petit cheval, faisait de vains efforts pour suivre la troupe ; Urbain, embarrassé de ce traînard, le fit mettre à mort et laissa son corps sans sépulture sur la route. Les dix autres cardinaux, moins heureux, furent transportés par mer à Gênes et enfermés dans une geôle si infecte que les autorités de la ville, prises de pitié, supplièrent qu'on leur fit grâce. Le cardinal Adam Aston, un Anglais, fut mis en liberté sur les énergiques représentations de Richard II, mais les autres disparurent mystérieusement. Suivant les uns, le pape