CUMUL DES BENEFICES
pernicieux au bien des âmes, aux revenus temporels et à la considération des églises. Interdites par le droit canon, les pluralités, comme tous les abus, étaient une source de profits pour la curie romaine, toujours prête à accorder des dispenses lorsque les détenteurs de pluralités craignaient qu'on se mêlât de leurs affaires. On pouvait aussi s'en servir dans un but politique, comme lorsqu'Innocent IV, en 1246, brisa la coalition menaçante des nobles de France par un emploi habile de ces dispenses.
En fait, il se trouvait de savants docteurs en théologie pour soutenir la légalité de cet abus; c'est ce que fit, par exemple, vers 1238, dans une discussion publique, le chancelier de l'Université de Paris, Maître Philippe, qui était lui-même un pluraliste notoire. Son destin, cependant fut un avertissement pour les autres. Sur son lit de mort, son ami, Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, l'exhorta à abandonner tous ses bénéfices à 26 l'exception d'un seul, promettant de le dédommager de ce sacrifice s'il venait à se rétablir. Philippe refusa, par la raison, disait-il, qu'il voulait savoir si la pluralité des bénéfices entraînait la damnation. La curiosité du scolastique fut satisfaite. Peu après sa mort, une ombre apparut au bon évêque en prière, s'annonça comme l'âme du chancelier et déclara qu'elle était damnée à tout jamais (1).
Un clergé ainsi recruté et soumis à de telles influences ne pouvait, sauf exceptions, n'être qu'un fléau pour les hommes qui subissaient sa direction spirituelle. Un bénéfice acquis à deniers
(1) Concil. Lateran. III, ann. 1179, e. 13, 14; IV, ann. 1215, c. 29. — Innocent. PP. III, Hegest. i, 82, 191, 471. — P. Gantor. Verb. abbrev. cap. 31, 32, 3t, 80. — Honor. PP. III, Epist. ad archiep. Bituricens. ann. 1219. — Ui bani PP. V, Constit. 1367 (Harduin. Concil. VU, 1707).— Isambert, Ane. Loix Franc. i, 252. — Malt. P,»rs, Hist. Angl. ann. 1246 (éd. 1644, p. 483). — Wadding. Annal. Mmor. ann. J 238, n° 8. — D'Argentré, Collect. Judicior. de Nov.Error. I, i, 143.
La correspondance de la chancellerie papale sous Innocent IV, conservée dans le registre officiel, comprend, pour les trois premiers mois de 1245, 332 lettres, dont un cinquième sont des dispenses accordées à 65 individus qui sont autorisés *tenir des pluralités. Un bon nombre d'autres sont des dispenses de la loi canonique, m <u>trant quelle inépuisable source de revenus pour la cure romaine étaient les vices du clergé. Pour la rapacité avec hquelle on se disputait par avance les> bénéfices des mourants, voir Ibid. n° 1631.