‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 58 sur 551 · EXTORSIONS D'OFFRANDES PIEUSES · texte numérisé non relu

EXTORSIONS D'OFFRANDES PIEUSES

cité de ses supérieurs. Aussi cette forme de la simonie qui consiste à vendre les sacrements devint bientôt générale. La confession, que l'on rendit alors obligatoire et dont le prêtre avait le monopole, ouvrait un vaste champ aux extorsions de toute nature. Quelques confesseurs, il est vrai, estimaient à bas prix le sacrement de la pénitence et donnaient l'absolution de tout péché en échange d'un poulet ou d'une pinte de vin; mais d'autres se montraient plus exigeants.

Un contemporain raconte qu'Einhardt, prêtre de Soest, réprimanda sévèrement un de ses paroissiens qui, préparant ses Pâques, confessa avoir péché par incontinence en carême; il exigea de lui dix-huit deniers, prix de dix-huit messes pour son âme. Un autre vint dire à Einhardt que, durant le carême, il s'était abstenu d'avoir commerce avec sa femme ; aussitôt il fut frappé d'une amende identique, prix de dix-huit messes, parce qu'il avait perdu l'occasion d'engendrer un enfant, comme c'eût été son devoir. Les deux paroissiens durent vendre leurs récoltes à l'avance afin de trouver l'argent nécessaire. Le hasard voulut 28 qu'ils se rencontrassent sur la place du marché et comparassent les notes que le prêtre leur avait remises. Ils portèrent plainte au doyen et au chapitre de Saint-Patrocle et l'affaire fut ébruitée, au grand scandale des fidèles. Mais la lucrative carrière d'Einhardt ne fut pas interrompue pour si peu de chose 1

Toutes les fonctions sacerdotales devaient ainsi être productives de revenus. Un prêtre refusait de célébrer un mariage ou des obsèques si les sommes demandées n'étaient pas payées d'avance ; l'eucharistie même n'était accordée aux communiants que s'ils offraient ce qu'on appelait une oblation. Pour concevoir la gravité de ce dernier fait, il faut se mettre dans l'état d'esprit de ces hommes qui croyaient tous, sans réserve, à la transubstantiation. Pierre Cantor a donc raison lorsqu'il dit que les prêtres de son temps sont pires que Judas Iscariote, qui vendit le corps du Seigneur pour trente deniers ; eux en font autant tous les jours... pour un denier.

En outre, beaucoup de prêtres transgressaient la règle qui

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